The Burdened, premier film yéménite projeté dans les cinémas romands, raconte l’histoire d’un couple qui ne veut pas d’un quatrième enfant en raison de la crise économique causée par la guerre. Mais qui a toutes les peines du monde à avorter. Une histoire réaliste, racontée avec beaucoup de délicatesse
Il est assez rare qu’un film yéménite se fraie un chemin jusque sur nos écrans pour qu’il mérite largement le détour. Surtout lorsqu’on sait qu’au Yémen il n’y a même pas de cinéma. The Burdened (Les accablés), du réalisateur yéménite Amr Gamal, offre une fresque réaliste – sans être misérabiliste – d’un pays dont nous parviennent très peu d’images, à part des scènes de destruction. Inspiré d’une histoire vraie, il se déroule à Aden, une ville relativement épargnée par la guerre civile qui fait rage depuis 2014 surtout dans le nord du pays. Mais accablée par ses conséquences économiques et les milices qui font la loi.
Dans The Burdened, salaires pas payés, inflation, mais la rentrée scolaire a lieu
En 2019, Isra’a (Abeer Mohammed) et Ahmed (Khaled Amdan), tirent le diable par la queue. Ils appartenaient pourtant à la classe moyenne, mais Ahmed a perdu son emploi à Aden TV et fait vivoter sa famille en faisant le chauffeur de taxi. Lorsque les clients n’ont pas d’argent, il ne les fait pas payer. A cheval sur ses principes, il refuse de « lécher les bottes » pour se faire engager par une télévision privée, ou par l’armée, comme son beau-frère. Il attend son dernier salaire depuis des mois et se rend régulièrement à la poste, où les soldes des fonctionnaires tombent avec beaucoup de retard, lorsqu’elles sont versées.
Et tant qu’il n’y a pas de salaire, pas question de passer au supermarché. Car l’inflation grignote les maigres revenus et la vie est chère. Les coupures d’électricité sont constantes, il n’y a pas d’eau courante et les hommes doivent aller remplir les jerricanes à la citerne. Par suite d’une hausse de loyer, la famille doit quitter son logement et se voit obligée de déménager dans un appartement vétuste. Les écoles publiques manquant totalement de moyens, les trois enfants sont scolarisés dans une école privée dont les frais ont aussi augmenté. Malgré cela, la rentrée scolaire se fait bel et bien, cette année.
« Un enfant n’est pas toujours un cadeau de Dieu »
Alors lorsque le couple découvre qu’il attend un quatrième enfant, la décision est vite prise : Isra’a devra avorter. « Un enfant, c’est toujours un cadeau de Dieu », leur répètent pourtant la famille et les amis. Mais Ahmed n’en est pas si sûr, soutenu par une famille que l’on devine ouverte et relativement à l’aise financièrement. Isra’a hésite plus longtemps, craignant les réactions de ses parents, qui habitent dans une belle maison donnant sur la mer que l’on découvre lors d’un déjeuner familial.
Après avoir visionné quelques prêches de cheiks sur Youtube, elle finit par se convaincre que le fœtus n’a pas d’âme avant le 120ème jour de grossesse et que l’avortement n’est donc pas un péché. Mais il reste à trouver un médecin qui accepte de le pratiquer. Car au Yémen il est interdit, sauf en cas de complications majeures. Après avoir essuyé de nombreux refus, elle se tourne vers son amie Mona, gynécologue à l’hôpital de la ville. Très religieuse, elle refuse d’abord de l’aider, mais finit par se laisser convaincre par la détresse du couple et le désespoir de la mère, qui allait se soumettre à un avortement clandestin qui aurait pu la tuer.
80% de la population sous le seuil de pauvreté
Un film très touchant, qui montre les difficultés de la vie quotidienne dans un pays déchiré par la guerre. Selon l’ONU, en 2024, plus de 18,2 millions de personnes – soit plus de la moitié de la population – ont besoin d’une aide humanitaire et de services de protection, et plus de 11 millions sont des enfants.
« Dans tout le pays, plus de 70% des enfants de trois ans n’ont pas reçu un traitement complet de vaccination de base, 80% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et moins de la moitié des hôpitaux fonctionnent – entièrement ou partiellement », continue l’organisation.
La crise est encore compliquée par les hostilités en mer Rouge et leur impact sur le transport de l’aide via les ports de Hodeidah et d’Aden.
The Burdened met avec beaucoup de tact et de sensibilité un visage sur une guerre largement oubliée.

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