Palestine 36, de Annemarie Jacir, revient sur la Grande révolte arabe de 1936 contre la décision des occupants britanniques de partager la Palestine en deux Etats. Un film important pour comprendre l’actualité, porté par des images d’archives et des décors sublimes
Des villages rasés, des paysans dépossédés de leurs terres, des hommes entassés sur des camions, des murs pour protéger les frontières, des explosions et des morts. Si ce n’était pour les costumes, on croirait voir des images de la Cisjordanie actuelle et de Gaza. Palestine 36, un film de Annemarie Jacir, relate pourtant les violences qui ont ensanglanté cette terre il y a près d’un siècle. A la différence que les oppresseurs, c’étaient les Anglais, puissance occupante depuis 1922 sur mandat de la Société des Nations.
Porté par un casting international de haut vol dont Jeremy Hirons, Liam Cunningham et Hiam Abbas, Palestine 36 est une co-production de la France, Grande-Bretagne, Palestine, Qatar et Arabie Saoudite. Sorti sur les écrans en début d’année, on peut encore le voir au cinéma du Grütli à Genève.
Grande révolte arabe de 1936, bien avant la création de l’Etat d’Israël
Et il faut absolument le faire car il retrace fidèlement un moment charnière de l’histoire palestinienne : la Grande révolte arabe contre la domination britannique de 1936. Mêlant savamment images d’archives restaurées et fiction, la réalisatrice palestinienne revient sur un soulèvement largement méconnu, qu’on peut pourtant considérer comme le début de la cause palestinienne – une dizaine d’années avant la création de l’Etat d’Israël, donc.
Lassés de conditions de travail misérables, de discriminations par rapport aux travailleurs juifs et d’impôt considérés excessifs, les travailleurs palestiniens lancent une grève générale. Dans les campagnes, la résistance s’organise contre les Britanniques, largement soutenue par la population. Mais le mouvement sioniste, qui vise à créer un Etat juif, est en marche, soutenu par les Anglais qui, en 1917, ont appuyé la création d’un foyer national juif en Palestine par la célèbre déclaration Balfour.
Palestine 36 raconte le partage entre un Etat juif et un Etat arabe
Après des attaques et des morts, les Britanniques constituent la commission Peel pour enquêter sur les faits. Au bout d’un suspense interminable, elle recommande de partager la Palestine en deux : un Etat juif et un Etat arabe. Mais les Palestiniens, musulmans et chrétiens confondus, ne l’entendent pas de cette oreille et les violences reprennent de plus belle.
Le film, majestueux, suit les destins croisés de Yusuf, issu d’un village entièrement mobilisé derrière la résistance, jusqu’au pope orthodoxe qui aide à cacher les armes. Les habitants sont viscéralement attachés à leur terre, qu’ils ne veulent ni quitter ni partager. Mais, suite è un attentat, l’armée britannique détruit le village et brûle les champs de coton.
Palestine 36 relate une lutte anticoloniale le long de la lutte des classes
Si les paysans sont massivement derrière la résistance, il n’en va pas de même de tous les notables palestiniens, dont certains font des affaires juteuses avec la puissance occupante et avec les Juifs. Le mouvement sioniste n’hésite pas à soudoyer le directeur du journal local et à fomenter la création de partis arabes antagonistes, divisant la bourgeoisie et l’intelligentsia palestinienne. La lutte contre l’occupant semble suivre donc en partie la fracture de la lutte de classes.
Les femmes sont en première ligne contre le plan de partition et les violences perpétrées par les occupants. Khuloud, une courageuse journaliste obligée d’écrire sous pseudonyme masculin, documente les destructions, les arrivées de Juifs d’Europe de l’Est et la création de kibboutz, les morts et les déportations.
Certaines phrases sont lapidaires, comme lorsque les Britanniques reconnaissent que la création d’un Etat juif servirait à protéger les frontières de l’empire britannique. Le film est d’ailleurs focalisé sur les Anglais et même s’il évoque les colons juifs, on ne les voit jamais.
Création de l’Etat d’Israel par vote de l’Assemblée générale de l’ONU
Finalement, l’Etat d’Israel sera créé en 1947 par un vote de l’Assemblée générale de l’ONU qui se décline comme suit : 33 pays pour ; 13 pays contre et 10 abstentions (dont la Grande-Bretagne). Un pays n’a pas voté. L’ONU comptait à l’époque 57 membres. Les autres pays étaient encore sous tutelle coloniale ou n’étaient pas encore membres de l’organisation, comme l’Italie et la Suisse. En 1948 l’Etat d’Israël proclamera son indépendance.
En saisissant le spectateur par la beauté des paysages et des costumes, le jeu des acteurs et la fidélité historique des images d’archives, Palestine 36 nous secoue. Il nous renvoie à l’actualité et nous rappelle que les puissances coloniales portent une lourde responsabilité dans les violences qui ensanglantent cette terre depuis un siècle.

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