Le café du Saf Saf à La Marsa © Isolda Agazzi
A La Marsa, dans la « banlieue Nord » de Tunis, ce café historique est un espace de rencontre et d’ouverture. Des échecs au backgammon, en passant par les cours d’informatique, il attire des personnes de tout âge et des intellectuels francophiles dans une mixité authentique. Ce week-end s’y tient le Marché des artisans
« J’adore cette ambiance orientale ! » s’exclame Dominique, pendant qu’une chanson d’Oum Kalthoum grésille d’un vieux transistor et l’appel à la prière retentit du minaret de la mosquée toute proche. Comme tous les soirs, cette belle octogénaire d’origine corse, née en Tunisie où elle a passé toute sa vie, est installée à une table du Saf Saf avec ses amis. Vêtue d’une longue tunique, un turban coloré autour du front, elle vient dîner et prendre les nouvelles du jour. Comme elle, on s’abandonne à la brise légère qui souffle sur La Marsa, un vieux quartier résidentiel, situé en bord de mer au nord de Tunis.
Au café du Saf Saf, backgammon, luth et Lamartine
Attablés aux quatre coins de la grande terrasse, à l’ombre du saule blanc (saf saf en arabe) qui donne le nom au café, des hommes et des femmes s’adonnent à des activités variées. Ici un groupe s’affronte au backgammon, là un autre est concentré sur une partie d’échecs. Sous l’arcade aux typiques colonnes bleu ciel, un mélomane improvise un concert de luth et ses compagnons se mettent à chanter en tapant des mains. Un peu plus loin on joue aux cartes ; dans un coin on s’affronte aux fléchettes.
Un client particulièrement inspiré, qui a vécu entre Tunis et Genève, déclame des vers de Lamartine. Un Sicilien installé en Tunisie depuis plusieurs générations nous narre ses allées et venues d’un côté à l’autre de la Méditerranée. Un Tuniso-grec caresse l’un des innombrables chats du café qui ronronne sur ses genoux. Dans ce lieu hors du temps, qu’on dirait tout droit sorti d’un roman, le français a cours au moins autant que l’arabe.

Terrasse du café du Saf Saf © Isolda Agazzi
« L’un des plus beaux cafés du monde »
« J’aime le Saf Saf, avec son mélange de nationalités et de cultures, un lieu où l’on peut échanger en toute quiétude ! s’exclame Ali, un fringant retraité habitué des lieux. C’est un espace qui symbolise l’ouverture d’esprit de La Marsa. Il y a des gens d’un certain niveau intellectuel avec lesquels on peut discuter sans tabou. Des retraités, des plus jeunes, la mixité est parfaite. »
Celui auquel la chanteuse tunisienne Naama a dédié une chanson et que le journal Le Monde a défini en 1997 comme « l’un des plus beaux cafés du monde » a indéniablement su conserver son cachet. Celui-ci tient autant à son authenticité qu’à son entretien tout relatif. Le café y coûte encore 2 DT, malgré les augmentations incessantes de la matière première. Une approche assumée par Selim Bahri qui, avec ses frères, est propriétaire des lieux depuis cinq générations.
Le Saf Saf, lieu culturel
« Il y a deux cents ans, cet endroit était un caravansérail, avec un puits où les caravaniers venaient abreuver leurs bêtes, nous explique-t-il. Le bey [le gouverneur représentant l’empire ottoman] en a fait un lieu de villégiature. Mon arrière arrière grand-père a voulu l’acheter pour en faire un café et laisser l’eau à la disposition des citoyens. C’est à cause de ce droit de servitude accordé aux gens que le bey le lui a vendu, malgré la concurrence. C’est un lieu de rencontre, où se mélangent les notables et le peuple, avec une vie culturelle tout autour. »
Celle-ci se décline en soirées de maalouf (la musique tunisienne d’origine arabo-andalouse), des expositions et des projections de films, entre autres.

La Marsa, bord de mer © Isolda Agazzi
Au café du Saf Saf 2.0, formation aux nouvelles technologies
La Marsa, haut lieu de street food culinaire tunisien avec La Goulette, attire une foule impressionnante. Surtout en été, lorsque les Tunisois se déversent en bord de mer pour trouver un peu de fraîcheur.
La vaste terrasse du Saf Saf est alors envahie par des familles venues déguster la célèbre brick à l’œuf, une galette faite avec une pâte maison et frite dans l’huile. Les enfants se pressent autour du célèbre dromadaire qui tourne encore autour du puits. « On en amène toujours un, avec une durée de vie variable. Le plus vieux est resté trente ans», s’amuse Selim Bahri.
Malgré ce riche héritage, le passéisme n’est pas le genre de la maison. L’un de ses frères, versé dans les nouvelles technologies, a lancé le Saf Saf 2.0. Dans une salle, des ordinateurs d’un autre âge servent à dispenser des cours d’informatique, une introduction à l’intelligence artificielle et des ateliers pour les enfants.
Marché des artisans
Le week-end du 26 – 27 octobre se tiendra le Marché des artisans pour mettre en valeur les saveurs, senteurs et créations du terroir.
On ressort de ce lieu magique par la jolie porte qui ouvre sur une placette ombragée, à côté des vendeurs de fricassées, de bricks et de figues de barbarie. On est surprise par l’éclat des couleurs du portail. « Oh il y a tellement d’artistes qui passent ici, s’amuse Selim Bahri. Armel, un franco-serbe, a décoré la porte avec le bleu de La Marsa, le vert et le jaune. Ce sont les couleurs du Saf Saf et… de l’Avenir sportif, l’équipe de foot locale. »
On oubliait presque : le Saf Saf transmet aussi des matchs de foot sur écran géant. Evidemment.

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