Photo: scène du film My Love awaits me by the Sea, présenté à Palestine, filmer c’est exister
Hier soir s’est ouverte la 12ème édition de Palestine, filmer c’est exister, le festival du film palestinien de Genève, sous le titre : il y a 75 ans, la Nakba. Les jeunes palestiniens n’oublieront jamais. Un cynique hasard de l’histoire, au vu de la guerre au Proche-Orient, qui a attiré une foule énorme
« Le choix du titre avait été fait avant, mais la Nakba [l’exode de quelque 700’000 Palestiniens lors de la guerre israélo – arabe de 1948] se répète aujourd’hui. Depuis le 7 octobre, 15’000 Palestiniens ont été tués dont 6’140 enfants. C’est une accélération glaçante de la situation. Mais une continuité de la politique israélienne depuis 75 ans » a déclaré en guise d’ouverture Céline Brun, coordinatrice de Palestine, filmer c’est exister, devant une salle archibondée qui n’avait pas pu accueillir les trop nombreux spectateurs – une première.
« Nous avons choisi une affiche coup de poing qui marque les esprits, a continué la militante. Le rouge c’est le sang, on pense tout de suite à Gaza. Le keffieh est le foulard qu’utilisent les paysans palestiniens pour se protéger du soleil. Il a été le symbole du soulèvement contre les Britanniques et aujourd’hui c’est celui de la résistance palestinienne qui descend dans la rue depuis deux mois. La dernière usine qui fabrique les keffiehs se trouve à Hébron, vous pouvez les acheter ici. »

Où est passé le droit humanitaire ?
Pendant cinq jours, le festival veut présenter, par le biais de 23 films « d’autres voix sur la situation en Palestine, majoritairement invisibilisées dans les médias, a continué un autre membre du comité. Ignazio Cassis [le ministre suisse des affaires étrangères] a laissé entendre que le droit humanitaire passait après le droit d’Israël à se défendre, c’est inacceptable. Heureusement il y a des actions de résistance dans le monde entier, avec des blocages de gares et d’usines d’armement, ou des dockers qui refusent de livrer les armes. »
« L’attitude d’Ignazio Cassis est indécente et inacceptable, a renchéri Sami Kanaan, Conseiller administratif de la Ville de Genève en charge de la culture. Le nom de Genève résonne incroyablement à l’étranger, nous avons une responsabilité particulière. On ne peut pas accueillir l’ONU, le CICR et d’autres organisations sans assumer nos responsabilités. »
Les Palestiniens, des chiffres sans noms
Doa Nafal, représentante de la Palestine auprès de l’ONU, a livré un témoignage poignant et une invective en règle contre les médias. « J’ai un sentiment d’engourdissement, a-t-elle lâché, visiblement émue. Récemment j’ai vu dans un journal suisse les photos des otages israéliens libérés, avec leurs noms. Sur l’autre page il y avait la photo des prisonniers palestiniens avec, comme légende : accueil des prisonniers palestiniens à Ramallah. D’un côté des individus qui ressemblent aux Suisses, de l’autre des Palestiniens réduits à des chiffres sans visage. Pourtant 127 étaient des enfants, et83 des femmes. 235 n’avaient jamais été condamnés, d’autres avaient été accusés de jeter des pierres. Les Palestiniens ont aussi des noms, des rêves, des sentiments et des aspirations. »
« J’ai honte de ne pas avoir milité avant», abonde Anna, une urbaniste rencontrée près du buffet libanais qui a régalé le public. Spécialisée dans la question des frontières, elle a travaillé pendant sept ans au Qatar. Elle avait beaucoup d’étudiants palestiniens et s’est rendue plusieurs fois sur place. « J’ai vu le mur de séparation, les complications auxquelles sont soumis les Palestiniens, leur manque de liberté de mouvement… « , précise-t-elle.
L’amour près de la mer à Palestine, filmer pour ne pas oublier
Le mur de séparation sera l’une des étapes de My Love awaits me by the Sea. Ce documentaire très poétique de Mais Darwazah a été projeté après l’apéritif. Il raconte le premier voyage en Palestine de la jeune réalisatrice, réfugiée en Jordanie et qui n’avait jamais vu la mer. Elle s’est inspirée des vers du poète palestinien Hasan Hourani. Elle rencontre des personnages plus attachants les uns que les autres. Un de ceux-ci est un jeune Palestinien exilé en Syrie et obligé de fuir en Suède après la guerre – Hasan lui aussi. Et de jeunes habitants de Jérusalem qui narguent l’occupant, une vieille dame prenant la pose en riant derière la photo de son mariage et une jeune famille rentrée au pays et qui essaye de vivre, malgré tout.
« Le 29 novembre a été proclamé par l’ONU Journée de solidarité avec le peuple palestinien. Une décision prise en 1977 et lourde de signification. Ce même jour, trente ans auparavant, l’Assemblée générale avait adopté une résolution qui prévoyait le partage de la Palestine en deux Etats. Malgré cela, l’oppression continue depuis 75 ans. Mais l’Algérie a lutté 130 ans pour son indépendance. On doit donner l’espoir au peuple. Car c’est un peuple qui aime la vie », a conclu Rania Madi, de Law for Palestine, une des associations qui soutiennent le festival.
Palestine, filmer c’est exister, jusqu’au 3 décembre à Genève

COMMENTAIRES
Bonjour!
Membre du comité et de la commission de programmation de Palestine: Filmer C’est Exister, je découvre seulement aujourd’hui l’article que vous avez écrit pour relater notre soirée d’Ouverture le 29 novembre 2023… excellent!
Du coup je me suis baladée dans d’autres de vos articles et j’aime beaucoup votre regard,
votre intérêt, votre écriture. Super blog! Bonne chance pour votre vie indépendante !
Catherine Hess
Merci Catherine, c’est adorable! Isolda