Afghans et Iraniens prisonniers du destin en Suisse

Afghans et Iraniens prisonniers du destin en Suisse

Prisonniers du destin, de Mehdi Sahebi, suit le parcours de demandeurs d’asile afghans et iraniens en Suisse. Sur les écrans romands dès le 28 août, ce documentaire essaye de nous faire ressentir le vécu d’hommes et de femmes que nous croisons dans la rue, sans rien savoir d’eux ou presque. C’est réussi  

« Celui qui ne souffre pas lui-même ne peut comprendre la douleur de l’autre », lâche le mari de Sanam, désespérant de pouvoir faire venir en Suisse leur jeune fils, resté en Iran. Car lorsque la petite famille a voulu quitter le pays, la police les a interceptés. Le père, la mère et la fille ont réussi à passer la frontière avec la Turquie et, après un périple de plusieurs mois, ils ont gagné la Suisse. Mais le petit garçon a été arrêté, détenu et renvoyé chez ses grands-parents.

Les Afghans sont les requérants d’asile les plus nombreux en Suisse – les Ukrainiens font partie d’une catégorie à part. Souvent ils viennent d’Iran, où ils ne sont pas les bienvenus, ce qui complique encore davantage l’examen de leur demande. C’est le cas de la petite famille.

Pour essayer de faire comprendre, malgré tout, la douleur de ces hommes, femmes et enfants que nous croisons dans la rue, ou sur les terrains de foot, mais dont nous ne savons pas grand-chose, Mehdi Sahebi a réalisé un documentaire qui va droit au cœur. Ayant lui-même fui l’Iran dans les années 1980 et trouvé refuge en Suisse, il s’est senti particulièrement proche de cette communauté qui parle le farsi, la langue persane.

Prisonniers du destin en attente d’une réponse pendant quatre ans

Une communauté qui ne peut que s’en remettre au destin pour continuer à vivre. C’est avec fatalisme qu’ils affrontent les obstacles qui se dressent sur la route de l’asile et la déchirure vis-à-vis de la famille restée sur place. Comme cette femme âgée qui se résout à rentrer en Afghanistan, malgré la situation, pour venir en aide à son mari blessé.

Il y a ces jeunes hommes qui passent les journées à attendre une réponse à leur demande d’asile, ce qui peut prendre des années. Ils n’ont pas le droit de travailler et tuent le temps en pratiquant du sport ou en traînant dans la rue, lorsqu’ils ne pensent pas à se tuer eux-mêmes. C’est le cas de Mohammad, peut-être le personnage le plus touchant du film, déserteur de guerre en Irak. Il s’est déclaré Afghan alors qu’il est Iranien et, au bout de quatre longues années, il voit sa demande d’asile rejetée.

Obligé de quitter la Suisse, il ne voit d’autre solution que de rentrer en Iran, où il craint pour sa sécurité car il a déserté. Traqué, il se résout à repasser la frontière turque et, après plusieurs tentatives ratées où il se fait tabasser par la police, il arrive à regagner la Suisse, où il dépose une nouvelle demande d’asile, en 2022.

Admission provisoire 

Les autres ont plus de chance et obtiennent une admission provisoire, mais les temps sont très longs. L’un s’inquiète pour sa mère, à qui il ne peut pas envoyer d’argent car il n’a pas le droit de travailler. Un garçon de 16 ans regrette la chaleur de sa famille, malgré un accueil relativement humain en Suisse, où il participe aux activités des Scouts locaux. Un autre préfère tenter sa chance en Italie, où l’on peut travailler après deux ans d’attente, assure-t-il. Il se fera renvoyer en Suisse, mais il revient enchanté par ce pays, où il est allé à l’école et a appris un peu d’italien.

Quant à la petite famille, c’est la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, alors à la tête du Département fédéral de justice et police, qui décidera de son sort, après que Sanam, la mère, lui a écrit personnellement.

En donnant directement la parole à ces personnes qu’il filme au plus près, mais avec pudeur, Prisonniers du destin réussit à nous faire partager un peu leur destin. Le documentaire a été sélectionné dans la Semaine de la critique du Festival du Film de Locarno en 2023, a gagné un prix et a fait l’objet de nominations en 2024.

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