Mascate, capitale de Oman, pays à l’avenir durable © Isolda Agazzi
Le sultanat, qui s’est développé de façon fulgurante depuis la découverte du pétrole et du gaz, a su préserver sa culture. Aujourd’hui il prépare sa reconversion en investissant massivement dans le développement durable et les énergies renouvelables. Il veut se positionner comme champion de l’hydrogène vert
« Désolé, le wadi est fermé aujourd’hui à cause des fortes pluies », regrette le batelier qui assure la traversée jusqu’à l’entrée de cette vallée aux vasques cristallines, qui font la renommée de Oman. Ses longs cheveux noirs, sa barbe couleur ébène et ses yeux foncés rappellent vaguement ses origines de Zanzibar. Cette île a été colonisée par le sultanat pendant 200 ans, jusqu’à la fin du 19ème siècle. « Mes grands-parents y sont allés en dhows, mais moi je ne connais pas la terre de mes ancêtres », concède-t-il.
Les dhows, ou boutres, sont des voiliers traditionnels en bois, à un ou plusieurs mâts, qui ont fait la fortune de ce pays de la péninsule arabique, bordé par la mer. Poussés par les alizées, ils ont sillonné l’océan Indien jusqu’en Afrique de l’est. Ils ont transporté de l’encens, dont Oman est l’un des principaux producteurs, et ramené des clous de girofle et…des esclaves, dont il a été le précurseur de la traite. Aujourd’hui le seul atelier de boutres traditionnelles qui reste se trouve dans la ville de Sur. On y fabrique encore des voiliers en bois de tek. Mais les boutres modernes, en fibre de verre, continuent à être largement utilisées, surtout pour la pêche.

Fillettes sur la plage © Isolda Agazzi
Vision Oman 2040 : le développement durable en clé de mire
Les eaux de la mer de Oman et du golfe d’Arabie regorgent de poissons, pêchés encore de façon traditionnelle. Mais le sultanat voit grand : il veut se lancer dans la pêche industrielle, comme l’a révélé son partenariat récent avec Lorient, dans le Morbihan, destiné à construire un port immense dans la ville côtière de Duqm. Ce projet s’inscrit dans Vision Oman 2040, un plan de développement sur vingt ans. Celui-ci vise à diversifier l’économie et à assurer la transition énergétique.
Car sous la houlette du Sultan Haitham Bin Tarik, le pays a décidé de se tourner vers l’avenir. Mais il veut rester ancré dans des traditions séculaires qu’il met en valeur avec fierté. Le monarque a succédé au Sultan Qaboos, décédé en 2020 après cinquante ans de règne. Il avait bâti la prospérité de Oman sur le pétrole, découvert en 1968. Encore très aimé par son peuple, il a parsemé le pays de mosquées qui portent son nom. La plus célèbre est la grande mosquée de Mascate.

Mascate depuis le fort de Matrah © Isolda Agazzi
Mascate, entre mer et collines
Coincée entre la mer et les collines de roche brune, la capitale s’étend sur une cinquantaine de kilomètres. Elle ne comporte pas vraiment de centre et les quartiers se déroulent comme un ruban blanc le long des criques bleues. Les bâtiments qui ne dépassent pas les cinq étages, l’architecture moderne qui se fond harmonieusement dans le paysage, les nombreuses mosquées avec leurs minarets d’où s’élève l’appel à la prière, vous plongent dans une paix et un calme peu commun pour une métropole.
La corniche de Matrah, l’un des bourgs les plus anciens, rappelle le bord de mer de Stown Town, à Zanzibar. Des hommes en dishdasha blanche et coiffés du kumma, le couvre-chef traditionnel, sont assis face à la mer. Ils ont le regard perdu au loin. Des femmes en abaya noire se faufilent dans les ruelles. Elles longent les palais aux balcons ouvragés des Lawatija, les marchands chiites. La coupole de la mosquée bleue rappelle l’Iran tout proche. Les dames s’enfoncent dans le souq de construction moderne d’où s’échappent les effluves d’encens, omniprésent.
Ce marché couvert déborde de marchandises de toute sorte. Parmi celles-ci, on trouve les célèbres halwas, les pâtisseries qu’on déguste à la cuillère, et les dizaines de qualités différentes de dattes. Des encensoirs géants ponctuent la promenade du bord de mer, des forts veillent sur la ville, gardée par des portails impressionnants que des étudiants dessinent sur leurs cahiers avec application.

Palmeraie dans village traditionnel © Isolda Agazzi
Villages traditionnels et système des falaj pour l’irrigation
Après avoir quitté Mascate, on s’enfonce dans l’arrière-pays. A quatre heures d’une route goudronnée, qui se transforme rapidement en une piste tortueuse sinuant le long de vallées abruptes, on arrive au village traditionnel de Balad Sid. il est perché dans la montagne, tout comme la palmeraie de Misfat. Citrons, figues, dattes et légumes poussent comme par miracle sur ces terres arides. Elles sont alimentées par les falaj, des canaux d’irrigation particulièrement ingénieux. Leur utilisation est réglée comme une horloge : à chaque habitant son tour d’ouvrir les vannes pour arroser son lopin de terre.
Après avoir parcouru à pied le grand canyon, une faille vertigineuse dans la montagne, jusqu’à des maisons troglodytiques abandonnées, on monte le bivouac au Djebel Shams, la montagne du soleil. La mal nommée, pourrait-on dire. Un violent orage nous surprend au petit matin et nous oblige à plier bagage en toute hâte. Nous dévalons la pente avant que la route ne se transforme en un éboulis impraticable.

Désert fleuri © Isolda Agazzi
La pluie dans le désert
Lors des deux nuits dans le désert, on aura à peine plus de chance… Nous arpentons avec étonnement des dunes ocres ponctuées de touffes vertes d’aloe vera, d’alfa et d’herbe à chameaux. Mais la pluie nous oblige à replier sur un campement de bédouins modernes qui ont troqué les dromadaires pour les 4×4. Une soirée majestueuse, plongés dans le silence absolu et bercés par le chant des criquets, nous permettra de gouter quand même à la caresse du vent sur le sable. Des dromadaires en ombres chinoises dévalent lentement les monticules de sable.
« Auparavant il ne pleuvait jamais en mars, mais depuis quelques années cela arrive régulièrement, provoquant inondations et éboulements. On sent bien le changement climatique à l’œuvre », lâche un connaisseur.

Wadi Shab avant l’orage © Isolda Agazzi
Hydrogène vert pour un Oman durable
Prenant la chose très au sérieux, le sultanat s’est embarqué dans un programme ambitieux de transition énergétique. Vision Oman 2040 prépare un pays durable. Elle prévoit que le pays atteigne la neutralité carbone d’ici 2050 (comme la Suisse et l’Union européenne). En outre, 20% de l’énergie doit être produite à partir de sources renouvelables d’ici 2030. Parmi celles-ci, l’hydrogène vert tient une place de choix, comme souligné dans un rapport de l’Agence internationale de l’énergie , salué par le Forum économique mondial. Le sultanat veut investir 140 milliards USD dans ce vecteur d’énergie propre (une somme colossale !). Il veut en produire au moins un million de tonnes par an d’ici 2030. 3,75 millions devraient suivre d’ici 2040 et jusqu’à 8,5 millions d’ici 2050. Pour y parvenir, il compte sur sa position géographique stratégique, enlacé par la mer, caressé par le soleil et battu par le vent.
L’hydrogène vert est difficile à transporter et ses coûts de production sont encore très élevés. Il faut compter trois fois plus que pour l’hydrogène conventionnel. Mais son potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre est énorme, surtout dans l’industrie et le transport.
Avec une économie planifiée, beaucoup d’argent et une volonté politique que personne ne conteste, Oman est bien positionné pour devenir un pays durable et champion de la transition énergétique. Après avoir exporté de l’encens d’abord, du pétrole et du gas ensuite, le sultanat pourrait devenir un fournisseur majeur d’hydrogène vert pour l’Europe et le monde.
Ce reportage a été publié dans l’Echo Magazine . Il est inspiré d’un voyage effectué avec l’agence de trekking Atalante, Des canyons d’Arabie à la mer d’Oman

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