L’Hôtel des Mimosas à Rayol-Canadel-sur-Mer © Charlotte Müller
A Rayol-Canadel-sur-Mer, l’Hôtel des Mimosas revit après quelques années d’abandon, grâce à une gestion qui préserve son caractère d’origine. Construit en 1926, il raconte l’essor du tourisme sur la Côte d’Azur et abrite l’un des premiers Frigidaire de France, encore en fonction. A Tabarka, en Tunisie, l’hôtel des Mimosas raconte, quant à lui, le début de l’histoire coloniale française
L’hôtel des Mimosas a toujours un charme particulier. Une âme, pourrait-on dire sans risquer de trop s’avancer. Récemment, j’ai séjourné dans deux auberges de ce nom sur la rive nord et sud de la Méditerranée : en France, à Rayol-Canadel-sur Mer et en Tunisie, à Tabarka. J’ai succombé à leur petit air rétro qui invite à voyager dans le temps, et à leur confort sans chichi.
Je me suis sentie chez moi. J’ai ressenti une paix profonde et une envie d’écrire. Une joie de vivre aussi : ces hôtels en bord de mer, construits au début du siècle dernier ou à la fin du précédent, sont toujours jaunes, comme l’exubérante fleur à pompons dont ils tirent le nom. Ils évoquent le soleil, la détente et les vacances.
L’Hôtel des Mimosas de Rayol-Canadel-sur Mer surgit à l’improviste, au détour d’un tournant abrupte. Pour descendre sur la côte d’Azur depuis le nord de l’Europe, on emprunte une route sinueuse et étroite où deux véhicules se croisent difficilement. Elle est parcourue surtout par des cyclistes qui montent vaillamment au col du Canadel à la force du mollet. Tout à coup, entre les pins et les bougainvilliers apparaît une vieille maison provençale peinte en blanc. Des tables en fer forgé sont posées sur le gravier, à l’ombre de larges parasols – jaunes, il va sans dire.
Hôtel des Mimosas construit en 1926 après l’avènement du Train des Pignes
Dans cette large bâtisse qui invite à la rêverie, on se dirait dans un roman de Pagnol. Le carrelage en marbre blanc et noir, les colonnes blanches de la salle à manger, le bar en étain flanqué de hautes chaises en cuir rouge ont l’air de ne pas avoir bougé depuis cent ans. C’est-à-dire depuis la construction de l’hôtel, en 1926.
« Mon grand-père était italien, de Cuneo. Il exerçait comme maître de salle sur un bateau, nous raconte Jean-Claude Rei, le propriétaire, un accent provençal à couper au couteau. Il a fait venir ses copains italiens maçons et ils ont construit l’hôtel. Au début du 20ème siècle, beaucoup d’Italiens sont venus sur la Côte d’Azur avec le Train des Pignes, qui reliait Toulon à Saint Raphaël. Il avait été construit pour développer le tourisme balnéaire dans la région. »
Train des Pignes de Saint-Raphaël à Saint-Tropez
Aujourd’hui le train n’est plus en service, mais son ancien tracé a été converti en une jolie voie verte qui permet de relier Le Lavandou à Cavalaire, le long d’une côte escarpée ponctuée de criques où l’on descend se rafraîchir par cette chaleur caniculaire.
Et le septuagénaire haut en couleurs d’ajouter : « Dans les années 1970 – 1990 il y a eu une forte poussée d’hôtels dans la région. Comme ils étaient plus modernes que le mien, il est devenu moins à la mode. Ensuite ce qui était plus simple est redevenu mignon. »
La Genevoise Isabelle Ferrari reprend la gestion de l’Hôtel des Mimosas
C’est précisément ce qui a plu à Isabelle Ferrari, une passionnée qui a repris la gestion de ce patrimoine touristique qui tombait en décrépitude. « Pendant la pandémie de covid, on passait à vélo avec Frédéric, mon compagnon, nous raconte la Genevoise. On était intrigué par cette bicoque qui semblait abandonnée, les volets toujours fermés. Un jour nous avons croisé Jean-Claude, qui avait hérité de l’hôtel après le décès de sa mère. Il n’arrivait pas à le gérer tout seul et avait refusé toutes les offres de ventes. Nous avons décidé de le retaper ensemble et, après avoir nettoyé les écuries d’Augias, avons rouvert l’année passée. C’est un rêve devenu réalité ! »
L’hôtel est à l’image de sa gestionnaire, une quinquagénaire qui a le cœur sur la main. Les chambres, toutes différentes, sont décorées dans un style simple et chaleureux. On y respire un air authentiquement provençal, dans un coin de Côte d’Azur encore miraculeusement calme et préservé par le tourisme de masse. Peut-être grâce aux 20 hectares de terrain achetés par le Jardin des Méditerranées, un immense jardin botanique situé à Canadel.
Isabelle est au four et au moulin. Elle s’affaire à la cuisine, où elle n’emploie que des produits du terroir pour concocter des mets rigoureusement faits maison, jusqu’à la tresse et au pain du petit-déjeuner. Et en salle, où elle aux petits soins avec ses hôtes.

Salle à manger et Frigidaire de l’Hôtel des Mimosas © Isolda Agazzi
Un des premiers Frigidaire de France
Elle a gardé les meubles en bois blanc, les nappes jaunes, les miroirs en étain et les objets accumulés pêle-mêle au fil du temps : le gramophone, la trancheuse Berkel vingate, les lampes rétro et, bien entendu, des mimosas séchés.
Et le frigo. Ou plutôt, le Frigidaire. « L’équipement frigorifique de l’Hôtel des Mimosas porte encore sa plaque d’origine « Équipement Frigidaire – General Motors (France) ». Sachant que la marque américaine Frigidaire, créée en 1918 et développée par General Motors, apparaît sur le marché français à la fin des années 1920, cet appareil pourrait figurer parmi les toutes premières installations Frigidaire réalisées dans l’hôtellerie française. »
Et la Genevoise d’ajouter: « Car au-delà de son intérêt technique, ce réfrigérateur raconte une histoire plus large : celle des premiers hôtels qui ont accompagné l’essor touristique de la région, des nouvelles exigences de confort, de la conservation des aliments et des transformations de la vie quotidienne au XXᵉ siècle. »

L’Hôtel des Mimosas de Tabarka © Isolda Agazzi
L’Hôtel des Mimosas de Tabarka raconte le début de la colonisation française
Les premiers frigidaires servaient probablement aussi à transporter les mimosas. Les Anglais étaient tombés amoureux de ces plantes originaires d’Australie. Ils les ont plantées abondamment sur la Côte d’Azur.
Au bord de la route en-dessous de l’hôtel se trouve la nécropole du débarquement. Elle rappelle un fait historique peu connu. En août 1944, environ 600 hommes du commando d’Afrique ont débarqué sur la plage du Rayol-Canadel. « Des Africains et des Arabes sont venus libérer la France du nazisme, il faut prendre conscience de cela !», souligne Jean-Claude Rei.
Une réalité qui renvoie à l’histoire coloniale française et nous fait rebondir de l’autre côté de la Grande Bleue. A Tabarka, en Tunisie, se trouve un autre Hôtel des Mimosas. Il a été construit en 1887, peu après l’instauration du protectorat français. Il était destiné à accueillir les premiers touristes fortunés, essentiellement des colons. Par la suite, des artistes, poètes et écrivains de renom sont tombés, comme nous, sous le charme désuet de cette bâtisse jaune. Qui ouvre sur la Méditerranée, où les mimosas fleurissent comme sur la Côte d’Azur.

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