Ghassan Abu Sittah, le chirurgien palestino-britannique qui a passé 43 jours dans les hôpitaux de la bande de Gaza, et Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la Palestine, étaient les invités du FIFDH de Genève. Ils estiment qu’Israël mène un génocide à Gaza, qui passe par la destruction totale du système de santé. Avec la complicité de l’Occident. Et que ses effets se font sentir même après la fin de la guerre
« L’humanité du XXIe siècle a regardé le génocide se dérouler à Gaza sans broncher. La guerre a duré quinze mois, elle entre maintenant dans la phase silencieuse du génocide », a déclaré d’emblée Ghassan Abu Sittah. Il s’exprimait lors d’une rencontre organisée le 8 mars par le Festival international du film et forum sur les droits humains (FIFDH) à Genève.
Après s’être vu refuser l’entrée en Allemagne et en France, le célèbre chirurgien palestino-britannique avait pu se rendre dans la ville helvétique pour participer à un débat avec Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation dans les territoires palestiniens occupés.
Une rencontre qui avait été maintenue par les autorités genevoises, malgré la tentative d’un groupuscule local de la faire interdire. Elle faisait suite à la projection de A state of passion, un documentaire de Carol Mansour et Muna Khalidi. Présenté au festival en première internationale, il retrace les 43 jours passés par le chirurgien dans les hôpitaux Al-Shifa et Al-Alhi de Gaza, peu après le début de la guerre.
« 950 membres du corps médical tués et des centaines torturés »
Ses témoignages sur les bombardements des deux hôpitaux par l’armée israélienne ont alerté l’opinion publique mondiale et la Cour pénale internationale. Il a relaté es opérations sans anesthésie effectuées à même le sol, dont sur des enfants brûlés au phosphore blanc. Mais ses activités lui ont aussi valu d’échapper de peu à la mort. « 950 membres du corps médical ont été tués par les Israéliens et des centaines torturés, continue-t-il. Si tu es un professionnel de la santé à Gaza, tu as 2,5 fois plus de chances d’être tué par les Israéliens que n’importe qui d’autre. Maintenant le génocide continue car le système de santé manque de tout et les gens ne peuvent pas se soigner. Les Israéliens ont eu ce qu’ils voulaient. Ils ont arrêté la guerre, qui n’est plus sur les écrans de télévision. Mais ils ont mis en place des mécanismes de tuerie génocidaire qui continuent. »
« Ce qui se passe à Gaza est un génocide, à savoir la destruction d’un peuple en tant que tel, a renchéri Francesca Albanese. Il y a deux ans, on pouvait encore parler de crimes de guerre. Mais aujourd’hui, je suis l’une des rares voix occidentales, notamment au sein du système des Nations unies, à oser parler de génocide. Les Palestiniens sont voués à l’extermination à cause du plan de réalisation d’un grand Israël. »
Elle avoue son étonnement que des pays comme l’Italie, la France et la Suisse, qui ont toujours été critiques envers Israël, n’aient rien fait pour s’y opposer. Même pas en imposant un embargo militaire ou des sanctions économiques. La Suisse vient d’ailleurs d’annuler une conférence sur le droit international humanitaire au Proche-Orient, faute d’un nombre suffisant d’Etats participants.
A Gaza, un génocide tripartite
Pour Ghassan Abu Sittah, ce génocide est possible parce qu’il y a trois parties en présence : Israël, les Palestiniens et l’impérialisme occidental. « Israël fait partie intégrante du projet de l’impérialisme occidental dans la région. Et les médias mainstream appartiennent à l’appareil qui permet ce génocide. Parmi ceux-ci on compte par exemple la BBC, CNN, le Washington Post et le Wall Street Journal. J’ai reçu neuf plaintes contre moi. La BBC a une liste de Palestiniens qu’il ne faut pas interviewer, dont je fais partie. »
Il ajoute: « il y a un appareil et une complicité directe. Les puissances occidentales ont décidé qu’Israël représentait une force par laquelle leurs intérêts pouvaient être défendus dans la région. Les images ont changé la donne auprès de l’opinion publique. Mais 3’500 étudiants ont été arrêtés aux États-Unis et l’Allemagne brutalise régulièrement les manifestants. »
Les pays du Sud, nouveaux gardiens du système
Selon lui, la destruction du système de santé est un élément central de la doctrine militaire israélienne. Une position confortée par Francesca Albanese. L’experte estime qu’elle est devenue un nouveau modus operandi de la guerre menée par Israël, après Gaza, en Cisjordanie et au Liban.
« 156’000 femmes sont sur le point d’accoucher à Gaza, mais il y a moins de 2’000 lits disponibles. C’est le résultat du génocide et cela s’est produit à dessein. Et même si les bombardements intensifs ne reprennent pas, les gens continueront à mourir à cause de ce qui a été fait. Si l’aide n’est pas fournie, le génocide se poursuivra. »
L’establishment médical international n’a rien fait pour s’opposer à cela, dénonce Ghassan Abu Sittah. A l’exception de Physicians for human rights Israel, une association de médecins israéliens ayant fourni des informations détaillées au Guardian. Le quotidien britannique vient de publier un article sur la torture des médecins palestiniens dans les prisons israéliennes.
« Ai-je encore confiance dans le système ? s’interroge Francesca Albanese. Oui, mais la question est de savoir qui en sont les gardiens politiques car l’Occident a perdu son statut. Heureusement que dans le Sud des voix s’élèvent, des sanctions sont prises, des embargos sur les armes sont décrétés. Nous assistons à changement complet d’équilibre où l’Occident devient malheureusement de moins en moins pertinent. Mais d’autres puissances se lèvent pour redresser le système international qui a été détourné à des fins impérialistes. »

COMMENTAIRES
Bravo Isolda pour tes articles toujours pertinents et en lien avec l’actualité!
Béatrice