Riverboom: l’Afghanistan peut être en couleur ou en noir et blanc

Riverboom: l’Afghanistan peut être en couleur ou en noir et blanc

En 2002, peu après l’intervention américaine, un journaliste suisse et deux photographes se lancent dans un reportage au long cours en Afghanistan. Aujourd’hui l’un d’eux, Claude Baechtold, en a tiré Riverboom, un documentaire enjoué qui montre que tout dépend de comment on regarde les choses. Et qui souligne la puissance cathartique du voyage

Avec Riverboom (actuellement au cinéma en Suisse et en France) Claude Baechtold, à l’origine graphiste dans la paisible Suisse, devenu cameraman et réalisateur un peu par hasard, nous convie à un road trip déjanté. Un voyage improbable qui lui a permis de surmonter ses peurs et les angoisses dues à la mort de ses parents. Et de recommencer enfin à vivre.

C’est la traversée d’une rivière perdue dans les montagnes afghanes, le Boom, qui l’a fait accéder à la vie. Un peu à l’inverse du Styx, le fleuve qui, dans la mythologie grecque, séparait le monde terrestre des enfers. Cette fois le Charon, à savoir le passeur mythologique, ce sont les villageois bienveillants qui s’agglutinent autour de la voiture où les reporters «protestants », intrépides ou inconscients (c’est selon), se terrent par peur de la montée des eaux.

Les trois lascars, ce sont Serge Michel, un journaliste suisse parti en Afghanistan réaliser un reportage pour Le Figaro ; Paolo Woods, un photographe de guerre italien qu’ils retrouvent sur place et Claude Baechtold, qui a suivi Serge un peu par hasard. Car, après le décès de ses parents dans un accident de voiture, c’était ça, ou se jeter par la fenêtre…

A l’origine, Claude devait accompagner le journaliste en voiture jusqu’à Kaboul et rentrer en Suisse par le premier avion. Mais comme cela s’avère impossible, il achète une caméra au bazar du coin, s’improvise cameraman et décide de les suivre.

Riverboom, un périple pour voir où en est la Pax Americana

Ils se lancent alors dans un périple de plus d’un mois pour voir où en est la Pax Americana. Car un an après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis ont dépêché des troupes en Afghanistan pour déloger les Talibans. Et amener le progrès, qui commence par envoyer les filles à l’école… comme l’ont fait tous ceux qui ont occupé le pays, URSS comprise.

Mais la situation n’est pas très glorieuse : entre un général de l’armée américaine « qui manie la langue de bois à faire pâlir un bûcheron canadien » et ne sait pas exactement qui est l’ennemi ; la culture de la marijuana et du pavot qui reprend de plus belle, alors que les talibans l’avaient à peu près éradiquée ; et les chefs de guerre qui s’affrontent dans le nord, excellant dans le racket et amassant un butin impressionnant, la population s’enfonce toujours plus dans la misère. A côté de cela, Riverboom montre des expats qui vivent dans la bulle de la «zone verte » de Kaboul, la « zone rouge » couvrant tout le reste du pays.

Rencontre avec la population, une découverte

En faisant le tour de l’Afghanistan en voiture par l’ancienne route nationale circulaire, sur les traces d’Ella Mallart, c’est bien la population que les trois compagnons vont découvrir. Ils sont au plus près de la réalité du pays, là où aucun reporter ne s’était jamais aventuré.

Contrairement à Paolo, qui ne prend que des photos en noir et blanc et si possible d’hommes en armes, Claude immortalise les mêmes scènes en couleur avec son minuscule appareil. Marchés chatoyants, rouge des habits, rose des fleurs, vert des champs, brun des montagnes… il y a aussi une vie en Afghanistan ! Petit à petit, son désamour pour ce pays s’estompe et sa peur cède la place à une curiosité empathique.

Car si les rencontres et les situations risquées ne manquent pas, elles ont toujours une issue heureuse. A commencer par les interviews des chefs de guerre, qui n’apprécient pas les journalistes et n’en ont d’ailleurs jamais vus. Ou ce check point en plein territoire taliban, qui pourrait être un point de non-retour. Mais non : terrés sous leurs couvertures, les trois étrangers se hasardent enfin à regarder incrédules celui qui – est-ce un taliban, un chef de guerre, ou un officier de l’armée ? – les laissera passer sans encombre.

Riverboom, une perle qui nous fait découvrir une autre face de l’Afghanistan

Ce documentaire est une perle. Sur un style drôle et enjoué, il nous fait découvrir les coulisses de la série de dix reportages que Serge Michel (actuel rédacteur en chef du média en ligne Heidi News) publiait tous les mardis en page 2 du Figaro, accompagnés par les photos en noir et blanc de Paolo Woods.

Grâce aux images filmées par Claude, Riverboom nous amène au plus près des habitants de ce pays qui, depuis la chute du roi Mohammed Zaher Shah en 1973, n’ont connu que la guerre. Guerre civile d’abord entre chefs tribaux. Invasion de l’URSS en 1979, qui voulait éviter une révolution islamique sur ses frontières sud, comme elle s’était produite en Iran. Guerre entre Moudjahidines dès 1989, qui avaient été financés et armés par les Etats-Unis pour combattre les Soviétiques. Prise de pouvoir par les Talibans en 1996, ces étudiants en religion formés dans les écoles coraniques du Pakistan. Arrivée de la force internationale en 2001.

Des images qu’à son retour en Suisse Claude avait confiées à un ami pour les faire numériser. Celui-ci les a aussitôt perdues, pour les retrouver vingt ans après. Elles nous montrent que ce pays, comme tant d’autres, ne se résume pas à la guerre. Et qu’on peut décider de voir les choses en couleur ou en noir et blanc.

A quand la suite pour découvrir ce qu’est devenu l’Afghanistan trois ans après la reprise du pouvoir par les Talibans ?

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0

En savoir plus sur lignes d'horizon

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture