Les derviches tourneurs dansent pour monter vers le ciel

Les derviches tourneurs dansent pour monter vers le ciel

Derviches tourneurs à l’Alhambra de Genève © Isolda Agazzi

Les Ateliers d’ethnomusicologie de Genève ont invité l’Ensemble des cérémonies soufies d’Istanbul pour présenter la danse des derviches tourneurs. Une expérience envoûtante, initiée au 13ème siècle par le grand poète persan Rumi pour se rapprocher de Dieu

Ils tournent sur eux-mêmes de plus en plus vite, la main droite levée vers le ciel, la gauche pointant vers la terre – signifiant que ce qu’ils reçoivent du ciel, ils peuvent le reverser à la terre en passant par le cœur. Leurs longues robes blanches flottent dans la lumière teintée de bleu, pendant que le maître de cérémonie passe de l’un à l’autre à l’intérieur du cercle. Selon le rituel, la danse a été précédée par des chants religieux musulmans.

Début novembre, la sama, ou danse des derviches tourneurs, a fait salle comble à l’Alhambra de Genève, dans le cadre du festival Musique et mystique organisé par les Ateliers d’ethnomusicologie (ADEM).

L’Ensemble des cérémonies soufies d’Istanbul s’est livré pendant une heure à ces mouvements rotatoires qui représentent le voyage mystique de l’âme vers l’union avec Dieu, ou « le mouvement des planètes et des étoiles, les croyants retrouvant peu à peu l’unité primordiale avec Dieu et l’univers », comme détaillé par les ADEM.

Les derviches tourneurs, une confrérie mystique créée par Rumi

« Les Mevlevi, appelés communément derviches tourneurs, sont une confrérie fondée par Mevlala Jalal Al-din Rumi, un penseur musulman né en 1207 à Balkh (dans l’actuel Afghanistan) et mort 1273 à Konya (dans l’actuelle Turquie), expliquait l’ethnomusicologue Sami Sadak avant la performance. Rumi, qui était un simple penseur de l’islam, devient un grand penseur, poète et mystique au contact du derviche errant Shams ed Din de Tabriz, l’un des principaux maîtres spirituels de la tradition soufie. »

Un jour Rumi se promenait dans le marché de Konya lorsqu’il entend des artisans taper de leurs marteaux pour travailler l’or. Un peu plus loin, il est happé par le son rythmique du moulin…et ils se met à danser. « Pour lui dans chaque chose il y a une supériorité qui vient de Dieu, qui entre dans son âme et le fait danser. Mais pour qu’il puisse entrer, il faut être pauvre en Dieu et se vider complètement », précise-t-il.

1001 jours pour devenir derviche

La cérémonie de la sema, la danse rituelle, sera codifiée plus tard, à la mort de Rumi. Chez les Mevlevi il fallait 1001 jours pour devenir derviche, dont 41 au service des novices. Ils n’avaient pas le droit de mendier et c’est petit à petit qu’ils ont commencé à tourner. Quarante jours étaient nécessaires pour apprendre la technique. Et pour se mettre dans l’état d’esprit nécessaire, à savoir faire le vide et pouvoir accueillir Dieu.

A la création du monde Dieu a émis un son. Les derviches essayent de l’entendre et c’est pour cela qu’ils tournent sur eux-mêmes. Le cheik, à savoir le maître de cérémonie, et les derviches écoutent la musique de façon très habitée, en sentant le message à l’intérieur d’eux-mêmes. L’instrument principal est le ney, un roseau vide symbolisant l’être humain qui s’est vidé pour laisser le souffle de Dieu le pénétrer.

Les habits blancs symbolisent la mort

Une fois devenu derviche, le jeune homme avait le droit de porter l’habit, où tout a une signification. Avant de commencer à tourner, les derviches enlèvent leur manteau noir. Ils se débarrassent  ainsi du poids de la terre et peuvent s’élever vers Dieu. Ils portent un chapeau de feutre brun qui représente le tombeau. Car la mort est le jour du mariage avec Dieu et pour pouvoir se marier il faut s’habiller en blanc, la couleur du deuil. La tunique est sans poches car pour monter au ciel on n’a pas besoin d’argent.

Tout est rond pour symboliser l’univers : ils tournent en rond, dans un espace rond, autour de quelque chose de rond. L’espace est divisé en deux cercles. Les âmes montent vers le ciel, se remplissent de Dieu et redescendent pour pouvoir le répandre sur la terre. Mais attention, ce n’est pas (encore) le jour de la mort. La danse s’arrête quatre fois très net pour rappeler aux derviches qu’ils ne sont pas dans le ciel et doivent redescendre sur terre.

Les derviches tourneurs ne sont plus dans les couvents

Les derviches s’inclinent devant un tapis rouge. La couleur rouge est très importante dans la mystique musulmane car elle représente la manifestation de Dieu dans tout. « Tout se passe dans l’amour et le silence, précise Sami Sdak. Je te respecte comme je me respecte moi-même. Quand le tour finit, le cheik, qui est le plus vieux de la confrérie, se retrouve face au derviche le plus jeune. Au troisième salut le rythme augmente, cette envie d’atteindre la pensée de Dieu s’accélère. C’est seulement au quatrième salut que le cheik danse sans étendre ses bras. »

Aujourd’hui il n’y a plus de couvents de derviches et les danseurs sont des fonctionnaires payés par l’Etat turc. Ils continuent cependant à susciter l’engouement, en Turquie et à l’étranger. Comme en témoignant les nombreux cours qui proposent souvent une danse adaptée et ouverte aux femmes. Ou des romans à succès comme Soufi, mon amour, d’Elif Shafak. Et la soirée très suivie des ADEM.

 

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