Silver : dans l’enfer de la mine d’argent de Potosi

Silver : dans l’enfer de la mine d’argent de Potosi

Silver, un documentaire de création en compétition au Festival international du film sur les droits humains (FIFDH) de Genève, suit au plus près les travailleurs de la mine d’argent de Potosi, en Bolivie. Un voyage hallucinant au centre de la terre, dans l’une des plus grandes et anciennes mines du monde

« El Tio », l’oncle. C’est ainsi que les hommes du Cierro Rico appellent familièrement le diable, qu’ils côtoient jour et nuit dans les entrailles de la mine d’argent de Potosi. Une montagne dont les conquistadores espagnols ont extrait l’argent dès le 16ème siècle, causant au passage la mort de huit millions d’autochtones. Cinq cents ans plus tard, elle continue à nourrir 12’000 familles de mineurs artisanaux. A les engloutir aussi car les techniques d’extraction sont rudimentaires et la sécurité se résume à un casque vissé sur la tête.

C’est cette réalité hallucinante que Natalia Koniarz a filmé au plus près dans Silver, un documentaire de création en compétition au FIFDH de Genève. Avec son compagnon cameraman, la réalisatrice polonaise a passé plusieurs mois à Potosi, vivant au plus près des mineurs et de leurs familles. Le résultat est un documentaire qui prend aux tripes, une immersion dans les entrailles de la terre, où la sensation de fin du monde est amplifiée par des sons inquiétants et le bruit sourd des éboulements.

Plus beaucoup de métal dans la mine d’argent de Potosi

Il ne reste plus beaucoup de précieux métal dans cette montagne exploitée jusqu’à la moelle, si bien que les mineurs doivent s’engouffrer toujours plus profondément au sein de la mine. Alors ils prient toutes les divinités qui leur tombent sous la main, qui creuse inlassablement : la pachamama (la Terre – mère) et les saints catholiques. Tout en conjurant le diable, avec qui ils ont passé un pacte tacite : une vie contre chaque filon d’argent qu’il leur accorde. Chaque « veine » plutôt, car la terre est vivante, elle est considérée comme un corps humain.

Les gens vivent pourtant sur les flancs de la mine d’argent de Potosi, un univers minéral où tout est brun, exceptée la blancheur de la neige qui tombe à 4’300 mètres d’altitude. Les femmes ne travaillent pas dans la mine ; elles concassent les pierres à la recherche du précieux métal et se retrouvent souvent seules à la tête d’une famille nombreuse, après que les hommes sont morts ou ont quitté le foyer.

Les enfants vont à l’école, où l’on dénombre les orphelins, et jouent avec les chiens errants sur les flancs de la montagne. La nuit, ils se serrent sous la même couverture. La journée, les garçons descendent dans la mine d’argent de Potosi dès le plus jeune âge. Apeurés, ils arpentent les boyaux et apprennent le métier. Les filles ramassent les minéraux qu’elles connaissent par cœur et qu’elles vendent pour quelques bolivianos dans les rues de Potosi.

Une vie en-dehors de la mine d’argent de Potosi

Car il y a une vie en dehors de la mine, pour ceux qui peuvent se le permettre. Un mineur esseulé traîne son spleen dans un cabaret de la ville coloniale. Des touristes se prennent en selfie à l’entrée de la mine d’argent de Potosi, dont on peut visiter la partie la plus ancienne et la mieux entretenue. Le cimetière accueille les dépouilles de ceux qui sont morts et les prières de ceux qui s’apprêtent à les rejoindre, l’espérance de vie ne dépassant pas les 45 ans.

« Où va l’argent » ? s’enquiert un jeune touriste. Organisés en coopératives, les mineurs le vendent à des multinationales, qui le transportent jusqu’au port le plus proche, au Chili, d’où il est expédié dans le monde entier. « Devient-on riche en travaillant dans la mine d’argent de Potosi? » demande une entraîneuse à son client. « Cela dépend : tu peux être riche ou pauvre, ça dépend de ce que tu trouves, c’est un coup de chance. »

Une chance qui attire de plus en plus de mineurs. Aujourd’hui, l’argent ne sert plus seulement à fabriquer des bijoux, mais il est devenu un intrant essentiel de la transition énergétique, de la révolution numérique et même de l’intelligence artificielle car c’est un vecteur extrêmement rapide.

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