Bye Bye Tibériade raconte l’histoire de quatre générations de femmes palestiniennes. En 1948 l’arrière-grand-mère de la réalisatrice, Lina Soualem, est obligée de quitter sa maison de Tibériade pour s’installer dans un village de Galilée. Là naît sa mère, Hiam Abbass, devenue l’une des plus célèbres actrices du monde arabe. Un documentaire touchant, qui met des visages féminins sur l’histoire de la Palestine
Il y a un avant et un après. Avant, c’était la vie à Tibériade, célèbre lac de Galilée où Jésus aurait accompli des miracles. « C’est sur le lac de Tibériade qu’il a marché sur l’eau. Quand j’étais petite, je croyais que notre famille descendait de Jésus » s’amuse Lina Soualem dans Bye Bye Tibériade, actuellement sur les écrans romands. Ce documentaire émouvant narre l’histoire de sa famille par le biais de quatre générations de femmes : elle-même, que sa mère amenait enfant se baigner dans le fameux lac, sa grand-mère et son arrière-grand ’mère.
Après, c’est 1948 et la Nakba, à savoir l’exil de 700’000 Palestiniens qui a fait suite à guerre israélo-arabe et à la création de l’Etat d’Israël. Ses arrière-grands-parents sont obligés de quitter leur maison de Tibériade et trouvent refuge dans le village de Deir Hanna, à une trentaine de kilomètres. C’est là que naît sa mère, Hiam Abbass, devenue l’une des plus célèbres actrices du monde arabe. « Au nord le Liban, à l’est la Syrie et la Jordanie, au sud l’Egypte. En haut des collines, les villages construits par les Israéliens. Et nous au milieu », lâche celle-ci, perplexe, depuis la terrasse de la maison natale où elle a réuni ses neufs frères et sœurs après la mort de sa mère.
Camp de réfugiés de Yarmouk en Syrie
Sorti en 2023, ce documentaire prend une tout autre signification depuis le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre et l’éclatement de la guerre à Gaza. Par des images d’archive rares, il donne un visage au déracinement du peuple palestinien, éparpillé dans les pays voisins. La famille de la réalisatrice a eu de la chance : elle a pu rester à Deir Hanna et n’est donc pas réfugiée, mais arabe israélienne. Mais une arrière-tante a suivi son mari en Syrie, vit dans le camp de réfugiés de Yarmouk et personne ne peut franchir la frontière pour lui rendre visite.
Née en 1960, Hiam Abbass suffoque dans ce village où il n’y a ni cinéma, ni théâtre et on n’a même pas le droit de prononcer le mot Palestine. Elle s’essaye d’abord à la photographie à l’école de Haïfa, puis décide de devenir actrice et rejoint la troupe de Al Hakawati. Mais cela n’assouvit pas sa soif de liberté et à 23 ans elle quille le pays par amour pour un étranger et s’installe à Londres, puis à Paris. Un départ qui provoquera la déchirure avec sa famille et qu’elle guérira en amenant sa fille au pays pendant les vacances.
Bye Bye Tibériade montre une Palestine moderne
Grâce à son passeport français, elle pourra enfin rendre visite à sa tante à Yarmouk et, dans le documentaire, elle en fait un récit qui donne le frisson. Hiam Abbass accédera à la notoriété en 2002 grâce à Satin rouge, une fiction de Raja Amari qui raconte l’histoire d’une mère de famille tunisienne qui (encore une fois) s’émancipe en devenant danseuse du ventre.
Ce film tout au féminin – on ne voit jamais d’hommes, sauf sur quelques photos – est l’histoire de résiliences à répétition. Après la mort de son mari, l’arrière-grand-mère nourrit ses enfants avec sa machine à coudre. La grand-mère élève ses dix enfants par son travail d’institutrice, grâce à un diplôme qu’elle arrive à décrocher malgré la guerre. Quant à la mère, elle élèvera Lina Soualem en France, seul membre de la famille à être née à l’étranger.
Une famille somme toute ouverte, qui nous fait découvrir une Palestine moderne par les photos d’époque et les films en VHS tournés pendant les mariages. Où on rit beaucoup, on respire la force de la sororité et on sent l’attachement aux racines et à la terre, devenue mère.

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