Piazza Statuto, coeur noir de la Turin magique © Isolda Agazzi
Pour les adeptes d’ésotérisme, Turin se situe au sommet des triangles de la magie noire et de la magie blanche. On sonde son âme ambivalente, qui va de l’ombre à la lumière. Dans ce récit se mêlent histoire et légendes. Lucifer, les bûchers de l’Inquisition, la franc-maçonnerie, le suaire de Jésus… La première capitale du royaume d’Italie recèle bien des mystères
Turin a quelque chose de majestueux. C’est ici qu’a été lancé le processus d’unification de l’Italie, sous l’égide du roi Victor-Emmanuel II de Savoie et de Camillo Cavour. Giuseppe Garibaldi y a donné un appui décisif. En 1861, la ville piémontaise est devenue la première capitale du royaume d’Italie et son rang se reflète encore aujourd’hui dans une architecture imposante : palais royal, immenses places élégantes, longues avenues flanquées de kilomètres de portiques, cafés historiques ornés de stucs et miroirs, églises baroques, parcs et boulevards arborés le long du fleuve Po et de son affluent, la Dora.
Piazza Statuto, cœur noir de la Turin magique
Mais Turin a aussi un côté sombre. L’ésotérisme international y voir une ville magique, où culmine le triangle de la magie noire (les autres sommets étant Londres et San Francisco) et celui de la magie blanche (avec Lyon et Prague). Des balivernes ? Pas pour des Turinois passionnés, qui sondent ses murs et souterrains depuis trente ans. Ils recherchent des sculptures, des statues et des symboles ésotériques. Et qui proposent de la parcourir sur les traces du diable, des bûchers de l’Inquisition, des francs-maçons et de Nostradamus, dans une lecture de l’histoire de la ville nimbée de mystère. Des visites très courues, à effectuer de préférence de nuit, lorsque les ténèbres et le clair de lune permettent de mieux appréhender les deux âmes de la Turin magique.
Départ de Piazza Statuto, « épicentre des forces obscures, cœur noir de la ville ». On entreprend un voyage d’Ouest en Est qui symbolise le passage de l’ombre à la lumière, du mal au bien. C’est là que se situerait le fameux sommet du triangle de la magie noire. Un monument a été construit en 1879 à la mémoire de ceux qui avaient perdu la vie dans la construction du tunnel ferroviaire du Fréjus. Au sommet d’un amas de pierres trône un ange noir qui serait Lucifer, une étoile à cinq branches ou pentacle magique sur la tête, symbole de l’ésotérisme.

Porte du diable © IA
Le Valdocco, la vallée des tués dans la Turin magique
Cette place à l’énergie fortement négative, selon les croyances ésotériques, a été construite sur une ancienne nécropole romaine, à un jet de pierre du quartier du Valdocco, la « vallée de tués », où avaient lieu les exécutions capitales.
L’échafaud trônait au Largo della Forca, tout près duquel a vu le jour une confrérie d’aide aux condamnés à mort, la Piccola Casa della Divina Provvidenza Cottolengo, encore très active dans l’aide aux personnes nécessiteuses. Les exécutions capitales étaient publiques et attiraient une foule nombreuse, largement acquise à la cause du condamné au détriment du bourreau.
L’homme, qui se défendait de « ne faire que son boulot », habitait juste derrière Porta Palazzo. Aujourd’hui s’y tient l’un des plus grands marchés d’Europe. Des personnes venues des quatre coins du monde s’y bousculent pour acheter ou vendre fruits et légumes, habits et accessoires à des prix imbattables, dans une ambiance enjouée à mille lieues des horreurs d’antan.
Les Dominicains et les bûchers de l’Inquisition
Le couvent des Dominicains se situe un peu plus loin. Cet ordre monastique était étroitement associé à l’Inquisition et sur les bûchers ont brûlé sorcières et hérétiques, à commencer par la communauté évangélique des Vaudois. La dernière exécution publique a eu lieu en 1709. Elle a vu un pauvre hère de 23 ans écartelé vivant par quatre chevaux, lancés au galop dans les quatre points cardinaux. Il avait été reconnu coupable de lèse-majesté, le crime suprême, pour avoir fabriqué une poupée en chiffons censée tuer le souverain, celui-ci se laissant largement influencer par un astrologue et, dit-on, par une nonne aveugle.

Fontana Angelica © IA
La Fontana Angelica, symbole de la franc-maçonnerie
De l’Inquisition, à la franc maçonnerie. La plus ancienne loge maçonnique italienne, le Grand Orient d’Italie, naît à Turin vers la moitié du 19ème siècle et accompagne le processus d’unification du pays. Son membre le plus connu est sans doute Giuseppe Garibaldi. La Fontana Angelica de Piazza Solferino, avec ses quatre statues représentant les quatre saisons, pourrait avoir une symbologie d’inspiration maçonnique. Elle exprimerait la connaissance qui est à la portée de tout le monde et celle, ésotérique, réservée aux francs-maçons.
On retrouve cette loge secrète dans des palais aux fenêtres au ras du sol. Des ouvertures en forme d’yeux, plantées sur le trottoir, ouvraient sur des passages souterrains. Ceux-ci ont probablement servi pour des réunions secrètes et peut-être abrité même un temple maçonnique.
Ce qui est sûr, en revanche c’est qu’une sculpture du diable orne bel et bien la porte d’un palais situé juste en face de l’église de l’Immaculée Conception et de celui où résidait l’évêque jusqu’à récemment. Il a été construit au 19ème siècle, une époque où le Moyen-Age avait été remis à l’honneur à Turin. C’était la première période de l’histoire où l’on se représentait le diable. Alors que le surnaturel avait une forte emprise sur les gens, l’alchimie se mêlait à l’ésotérisme et les moines, seuls à savoir lire et écrire, détenaient le savoir.

La Sindone © IA
La Sindone (suaire), dans le cœur blanc de la Turin magique
Après tant de sueurs froides, on arrive enfin au cœur blanc de Turin. Il bat sur la place de la cathédrale, où est gardé le célèbre suaire (Sindone en italien) dont Jésus aurait été enveloppé après avoir été déposée de la croix. Les traces de son visage et de ses membres s’y seraient imprimées mystérieusement. L’Eglise catholique ne s’est jamais exprimée officiellement sur la véracité du linceul. Celui-ci est exposé de temps en temps sur ordre du pape. Les Savoie l’ont exposé à plusieurs reprises à une porte située en face de Palazzo Madama. c’est là que convergent les énergies noires et blanches de la ville.
Après avoir passé devant le musée égyptien – qui aurait des énergies aussi bien positives que négatives -, on arrive à la célèbre Mole Antonelliana. Elle est devenue le symbole de la ville. Construite à l’origine pour abriter une synagogue, au moment où les Juifs purent enfin sortir du ghetto, le projet fut très vite abandonné. Sa construction était considérée trop excentrique. Mais pour les adeptes de l’ésotérisme elle garde une énergie positive en raison de l’énorme antenne qui pointe vers le ciel.
L’église de la Gran Madre di Dio et Nostradamus
On arrive finalement à l’église de la Gran Madre di Dio, située de l’autre côté de la rivière Po. Une femme tient un calice qui serait celui du sacré Graal. A côté d’elle, une autre statue regarde au loin, comme pour indiquer où il se trouve. Mais elle est aveugle… Elle semble cependant pointer vers Piazza Statuto, le cœur noir de la Turin magique.
Ainsi se referme la boucle et la visite particulière d’une ville ténébreuse. Elle est aussi romantique que les brumes du Po, mentionnée jusqu’trois fois dans les récits de Nostradamus. Selon le célèbre astrologue français du Moyen-Age, une ville baignée par deux fleuves allait représenter une menace pour l’Eglise catholique. Turin, traversée par le Po et la Dora, a joué un rôle important dans l’unité d’Italie. Au détriment de l’Eglise qui y a perdu beaucoup de pouvoir.
Des visites de la Turin magique sont proposées dans toutes les langues par Somewhere Tours and Events

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