Louis Meunier : Le Roman d’Alexandre, des Alpes à l’Afghanistan

Louis Meunier : Le Roman d’Alexandre, des Alpes à l’Afghanistan

@ Louis Meunier

Le premier roman de Louis Meunier, écrivain français installé à Genève, s’inspire de l’histoire d’Alexandre le Grand pour raconter celle d’un Alexandre moderne, soldat français parti se battre en Afghanistan.  Il y sera confronté à son destin et aux faces cachées de la nature humaine. Une fiction très bien documentée dans un pays méconnu, où les frontières s’estompent et le taliban pourrait être n’importe qui d’entre nous

«Alexandre est un personnage très présent en Europe, mais aussi en Orient (il a poussé jusqu’à l’Indus), où on l’appelle Sikandar. J’avais envie d’écrire une grande fresque entre Orient et Occident pour montrer que les histoires restent quand les hommes passent. Par ailleurs, je suis très inspiré par Wajdi Mouawad, un homme de théâtre franco-libanais qui raconte des tragédies grecques sous des thématiques modernes. L’amour, la filiation, l’identité, la revanche… depuis la nuit des temps on répète tous le même récit », nous explique Louis Meunier à propos de Le Roman d’Alexandre

Son quatrième ouvrage et première fiction suit les traces d’Alexandre, un jeune Français envoyé se battre en Afghanistan avec les soldats de la coalition internationale pour chasser les talibans et soi-disant amener la démocratie. Déjà peu convaincu par ce projet, il perd tous ses repères lorsque, juste avant le départ, sa mère lui avoue un lourd secret. Sa mission devient alors une quête identitaire où les frontières se brouillent, le bien et le mal sont les deux faces de la même médaille et la vie un coup de poker du destin. Comme dans ses précédents recueils de nouvelles et de récits, l’écriture est poétique, profonde, presque teintée de spiritualité.

Louis Meunier

Dix ans en Afghanistan comme travailleur humanitaire

Louis Meunier connaît très bien l’Afghanistan pour y avoir passé dix ans en tant que travailleur humanitaire, entre 2002 et 2020, avant le retour des talibans. Ce qui ne l’a pas empêché de se documenter longuement pour écrire ce roman déroutant, où les personnages se font écho entre les Alpes et les montagnes de l’Hindu Kouch.

Il décrit ces sommets escarpés comme s’il en avait emprunté toutes les sentes, subjugué par la pureté de l’air, la simplicité des bergers et la luminosité du ciel. Il se glisse dans la peau d’un soldat, d’une bergère et d’un taliban  – sans oublier l’aveugle mystique – avec une empathie déroutante et décrit la boue et la misère de Kaboul à travers les grillages d’une burka. La neige, l’hiver et le froid sont omniprésents, devenant presque des personnages à part entière, et on se blottit dans les antres de la montagne comme dans le ventre de sa mère.

Beaucoup d’échanges entre les Alpes et l’Afghanistan

« J’ai un pied dans les Alpes et un autre en Orient, continue l’écrivain savoyard installé à Genève, et je voyais beaucoup de similitudes dans la manière dont vivent les montagnards dans les deux massifs. J’ai creusé et découvert que beaucoup d’échanges ont eu lieu au cours des siècles avec les lapis lazuli, les influences culturelles, l’ibex, le bouquetin qu’on retrouve aussi en Afghanistan. »

Mais il n’est ni militaire, ni taliban, ni sauveteur. Son livre est le fruit de nombreuses rencontres en Afghanistan, en France et ailleurs avec des talibans, des bergers, des soldats et des gens qui ne comprenaient pas le rôle de la coalition internationale.

Guerre d’un nouveau genre

Alors que dit son roman de la nature humaine? Du fait que naître ici ou là, c’est le fruit du hasard – ou du destin ? « J’aime beaucoup l’idée que n’importe qui peut être un truand ou un saint, nous répond Louis Meunier. Au fond de nous on a la capacité de basculer d’un côté ou de l’autre. Des personnes qui ont le même patrimoine génétique peuvent avoir un point de vue radicalement différent sur la réalité. On se fait dépasser par le destin. »

Pas de regard manichéen dans Le Roman d’Alexandre de Louis Meunier

Même les « méchants » ont un regard humain, sans regard manichéen, car la réalité est complexe, affirme-t-il, et lorsqu’on décide d’un engagement militaire, de nombreux paramètres nous échappent. Il y a eu beaucoup de campagnes militaires en Afghanistan, d’Alexandre le Grand à Tamerlan, en passant par Gengis Khan, mais la guerre menée par la coalition internationale contre les talibans était d’un nouveau genre – elle était censée amener la démocratie…

« J’aime l’idée que les montagnes sont un lieu de refuge pour les hommes et les animaux. Cela va continuer car l’Asie est malmenée, mais dans les montagnes on va se cacher et les humains et les animaux persistent malgré tout. »

Alors qu’il n’a pas mis les pieds en Afghanistan depuis cinq ans, Louis Meunier s’apprête à y retourner pour lancer un nouveau projet. « On ne peut pas échapper à la fatalité, au destin. Une rencontre peut changer une vie, comme dans une tragédie grecque», conclut-il.


Louis Meunier, Le Roman d’Alexandre, Calmann-Levy 2026

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