Les Emirats arabes unis, un melting pot futuriste

Les Emirats arabes unis, un melting pot futuriste

Traversée de la Crique de Dubaï, Emirats arabes unis © Isolda Agazzi

Abu Dhabi et Dubaï comptent le plus haut pourcentage d’immigrés au monde – près de 90% de la population. Plusieurs religions et cultures cohabitent sans toujours se rencontrer. Mais elles partagent la même effervescence et la croyance dans un avenir opulent, tout en cherchant à se réapproprier un passé trop vite oublié

Un imposant temple hindou aux typiques dômes roses se dresse en plein désert à Abu Mureikha, juste à côté de l’autoroute à six voies qui relie Dubaï à Abu Dhabi, deux des sept Emirats arabes unis (EAU). Au coucher du soleil, lorsque la couleur des coupoles se dilue dans celle, flamboyante, du ciel, des familles visiblement subjuguées se déchaussent humblement dans des allées ultra-modernes et parfaitement entretenues.

Temple hindou, Abu Dhabi © IA

C’est le premier temple de ce genre construit au Moyen-Orient selon des techniques traditionnelles, en grès rose du Rajasthan et marbre d’Italie. Inauguré le 14 février par le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, il s’étend sur un terrain de 11 hectares offert par le gouvernement des Emirats arabes unis. Sans doute pour marquer les liens entre les deux pays : sur les neuf millions d’habitants des EAU, les Indiens sont 3,5 millions, ce qui en fait le groupe de population le plus important. Les Hindous seraient 600’000.

Eglises chrétiennes

Les chrétiens, quant à eux, prient dans les nombreuses églises de Abu Dhabi, ou dans un étonnant centre religieux aux portes de Dubaï, qui regroupe une église copte, un autre temple hindou (tout aussi moderne, mais moins impressionnant) et un temple en l’honneur de Krishna.

Les musulmans déroulent leur tapis de prière dans, ou autour, des mosquées qu’on trouve à tous les coins de rue. La plus belle est la célèbre Mosquée Cheick Zayed, l’une des plus grandes du monde, qui étincelle au centre-ville de Abu Dhabi avec ses coupoles en marbre blanc et cherche à véhiculer ostensiblement un message de tolérance et de paix.

Après la prière du vendredi, les hommes se retrouvent autour d’un chai dans les restaurants indiens qui pullulent, avant d’entamer un week-end bien mérité.

Mosquée Cheik Zayed, Abu Dhabi © IA

Multiculturalisme et zones franches

Le multiculturalisme, c’est ce qui frappe le plus aux Emirats arabes unis, où 85% de la population est étrangère – ce qui rend les Emiriens minoritaires chez eux. Les ressortissants d’Asie du Sud sont les plus nombreux et occupent les positions les plus humbles, avec quelques Africains. Les Arabes d’autres pays se hissent à des postes intermédiaires ou d’indépendants, comme les ingénieurs et les médecins, et les Occidentaux souvent aux rangs les plus élevés.

« On me demande parfois si je suis heureux, lâche un chauffeur de taxi installé aux Emirats arabes unis depuis plus de vingt ans, anticipant une question qu’on n’aurait pas osé lui poser. Bien sûr que je le suis : j’envoie de l’argent à ma famille, mes quatre enfants étudient et je rentre chez moi une fois par an!»

Un sentiment largement partagé par ses collègues, mais probablement moins par les employées domestiques et les travailleurs du bâtiment qui, selon plusieurs ONG, continuent à voir leurs droits bafoués, malgré quelques améliorations récentes*. Ces derniers s’entassent dans des labor accomodations que nous n’avons pas visitées, mais qu’on aperçoit depuis l’autoroute, dès que les bâtiments rutilants cèdent la place aux terrains vagues.

A Dubaï, elles côtoient l’une des nombreuses zones franches qui abrite, entre autres, l’Internet Free City (le hub high tech), le Dubai Knowledge Park (pôle ressources humaines et formation), le Media City Dubaï et l’une des plus grandes usines de dessalement au monde.

Emirats arabes unis

Souq de l’or, Dubaï © IA

Le commerce, au cœur des Emirats arabes unis depuis toujours

L’histoire des Emirats a toujours tourné autour du commerce, qui s’est développé à partir de la Crique de Dubaï. C’est le long de ce canal d’eau salée, qui serpente sur 14 km, que bat le cœur de la vieille ville. Pour la modeste somme de 1 dirham, on peut monter sur des barques en bois pour passer du quartier historique de Al Fahidi – où l’on replonge dans l’atmosphère de la ville précédant l’explosion de la manne pétrolière, dans les années 1970 – à la rive en face, avec ses souks bourdonnants, dont ceux de l’or et de épices. Une traversée haut en couleur, à cheval entre l’ancien et le moderne, au milieu d’une population bigarrée. Sur le quai, des bateaux en bois bleus chargés à ras bord s’apprêtent à prendre la mer pour on ne sait quelle destination.

« Les anciens Arabes exportaient des dattes et importaient des épices et des fèves de cacao. Aujourd’hui nous fabriquons du chocolat aux épices et saveurs traditionnelles », déclare fièrement l’employé d’une chocolaterie artisanale nichée dans le vieux Dubaï, nous faisant goûter des truffes à la cardamone et au safran qui fondent sous le palais.

 

Festival de l’héritage maritime, Abu Dhabi © IA

Aux Emirats arabes unis, le mélange entre ancien et moderne

Aux alentours, on s’affaire dans de minuscules boutiques qui font commerce de toutes sortes de marchandises, convoyées par des commis poussant fébrilement leurs chariots. C’est une partie de Dubaï moins connue, qui atténue cette impression de manque d’âme déplorée par plusieurs voyageurs, à la vue des tours qui rivalisent de hauteur, et de l’ordre, la propreté, l’hypermodernité et le consumérisme qu’on respire dans la partie moderne de la ville.

« Ce que j’aime à Dubaï, c’est ce mélange étonnant entre ancien et moderne, s’enthousiasme une jeune entrepreneure allemande. Les gens ont une véritable vision de l’avenir, qu’ils considèrent comme brillant et plein de potentiel.  C’est l’endroit idéal pour lancer sa start-up et sa petite entreprise, sans être noyé dans la paperasse. En Europe, j’ai l’impression que nous nous concentrons davantage sur les problèmes et que nous les acceptons, au lieu de chercher à les résoudre. »

Retour à Abu Dhabi, où il ne reste pas grand ’chose d’ancien et se déroulait fin février le Festival de l’héritage maritime. Malgré un vent frisquet, des hommes en dishdasha blanche et des femmes vêtues de l’abaya noire se pressaient sur la Corniche qui fait la renommée de la ville, pour admirer la mise en scène des anciens pêcheurs de poisson et de perles, les musiciens et les danseurs traditionnels. Comme s’ils étaient à la recherche de racines et traditions emportées trop vite par l’opulence insolente de l’or noir.


Selon l’OIT, des progrès tangibles ont été accomplis, mais des défis subsistent

* »Les EAU ont entrepris des efforts de réforme du droit du travail au cours des dernières années, nous indique l’Office international du travail (OIT) dans une réponse écrite à notre question. Des progrès tangibles ont été réalisés dans la nouvelle loi sur le travail, qui est entrée en vigueur début 2022, en vue de se conformer aux normes de l’OIT sur l’égalité et la non-discrimination dans l’emploi.

À cet égard, l’interdiction du harcèlement sexuel et des différents types de violence au travail est particulièrement remarquable. En outre, la loi contient plusieurs dispositions qui peuvent servir de base à une politique nationale en matière de sécurité et de santé au travail et quelques réformes significatives en ce qui concerne l’inspection du travail et la réglementation des horaires de travail flexibles.

Néanmoins, des défis subsistent, notamment en ce qui concerne la gouvernance de la main-d’œuvre étrangère, qui représente une grande partie du secteur privé. »

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