Aurelien Barrau : résoudre la crise civilisationnelle par le poétique

Aurelien Barrau : résoudre la crise civilisationnelle par le poétique

Aurélien Barrau aux Bains des Pâquis © Isolda Agazzi

Le célèbre astrophysicien était invité samedi aux Bains des Pâquis pour parler de son nouveau livre, L’hypothèse K. Selon lui, pour résoudre la crise climatique, il faut s’attaquer au manque de sens et de valeurs et réenchanter la vie par le poétique. Au-détriment d’une foi intégriste dans la science pour la science

C’est dans le cadre enchanteur des Bains des Pâquis de Genève, dont la devise est Poésie, et de son cycle Philo aux Bains, qu’Aurélien Barrau est venu, samedi 15 juin, présenter son dernier ouvrage L’hypothèse K, la science face à la catastrophe écologique. Sous les platanes secoués par le vent, l’astrophysicien, philosophe et poète a présenté avec verve sa vision du monde à un public conquis. « Je ne suis ni un gourou, ni un prophète, je ne suis pas exemplaire. Je ne suis pas dans une logique de tiktokisation, je ne vous demande pas de m’aimer, seulement de m’écouter », a lancé d’emblée le militant écologiste aux cheveux longs.

Aurélien Barrau livre un message porteur d’espoir 

Et si son message est catastrophiste, il est aussi porteur d’espoir. Car pour lui, la crise climatique n’est qu’une petite partie d’une crise bien plus ample : civilisationnelle, de valeurs, de perte de sens. « L’essentiel de ce qui aujourd’hui met la biosphère en danger ne nous rend même pas heureux, a-t-il avancé. Que vous pensiez à l’intelligence artificielle, au développement métastatique des réseaux sociaux qui n’ont rien de social, au pouvoir exorbitant de la finance, la question n’est pas : comment continuer ainsi ? Mais : ne nous sommes-nous pas fourvoyés quant à la direction suivie ? Donc ce n’est pas si dramatique : ce qui permettrait de venir à bout de ce qui nous met dans le mur, c’est ce qui permettrait de nous donner un peu de sens. Le sens est fondamental car nous sommes très doués pour l’inertie ».

Raser une forêt pour construire un parking fait augmenter le PIB

Plus facile à dire qu’à faire… Car selon lui, si on se concentre sur la crise climatique, c’est parce que le problème est plus facile à traiter. Nous sommes devenus une société d’ingénieurs et on se sur-focalise sur le climat pour continuer encore un peu dans la pensée inertielle qu’on émet trop de CO2 – « ce qui est tout à fait vrai », précise-t-il.

Or il faudrait traiter les causes et pas seulement les conséquences. « Et la cause est un système de valeurs qui fait que l’artificialisation du réel est devenue notre objectif », explique-t-il, exemple à l’appui : aujourd’hui nos économistes ont décrété que raser une forêt pour construire un parking c’était de la croissance, donc quelque chose de positif. C’est donc plus un problème de valeurs et d’éthique et, au-delà, un problème d’esthétique car dans les pires circonstances, la seule chose qui perdure c’est la beauté. Il faut nous demande ce qui est beau, ce qu’on aime, pourquoi on fait ce qu’on fait.

Le poétique, tout l’opposé de l’intelligence artificielle

« La société occidentale a une croyance intégriste dans la science, lance-t-il. Mais la catastrophe civilisationnelle et écologique ne peut être résolue par la science qu’en partie. Il faut savoir ce qu’on veut, ce qui est poétiquement et philosophiquement désirable. Il y a aujourd’hui une science productiviste qui corrobore le monde tel qu’il est. Et je crois qu’elle est nocive. Mais la même science peut permettre de créer de l’ailleurs, de l’imprévu. Il faut une science pirate. »

Une science alimentée par un comportement poétique. Pour Aurélien Barrau, le poétique, c’est réaffirmer notre puissance d’être, de travailler ce qu’il y a de vivant en nous. Tout l’opposé de l’intelligence artificielle. « Il y a des délires aujourd’hui autour de l’intelligence artificielle. Elle aura quelques externalités positives bien sûr, mais notre puissance de vie, notre capacité à être autre chose qu’une machine s’affaisse. »

Et d’ajouter: « Ce sont les conséquences dévastatrices que peut avoir la science. L’idée que tout ce qui peut être fait doit être fait est appliqué seulement à la technologie. Dans la Silicon Valley ils sont en train de faire des drones sous-marins. Pourquoi ? Parce qu’on peut le faire. Aujourd’hui il y a des programmes qui créent des programmes, c’est absurde ! Cette discussion sur le sens, on doit absolument l’avoir ».

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