Photo: Sayed Antar et ses élèves de danse égyptienne à Genève
Sayed Antar, ancien danseur soliste et directeur de la troupe Reda du Caire, vit à Genève depuis une dizaine d’années. Il enseigne le folklore égyptien et la danse orientale. Samedi 25 mai, il organisera la Journée égyptienne pour mettre à l’honneur la culture de son pays d’origine
Sayed Antar était une star en Egypte. Mais cet homme affable, né il y a 56 ans au Caire, a dû fuir son pays après la révolution de 2011. Car les Frères musulmans, qui ont remporté les premières élections législatives démocratiques, voyaient d’un très mauvais œil toute expression artistique. A commencer par la danse, dont il était l’une des figures les plus en vues. Depuis, il vit à Genève, où il donne des cours de folklore égyptien et de danse orientale.
Dans la danse folklorique égyptienne, les mouvements sont similaires à ceux de la danse orientale, mais les costumes sont différents car issus de la tradition du pays.
« J’ai commencé à danser à l’âge de 19 ans, nous raconte-t-il, attablé dans un café genevois. La troupe Reda était à la recherche d’une nouvelle génération de danseurs. Pionnière de la danse orientale, cette troupe dépendait du ministère de la Culture et bénéficiait du soutien du gouvernement. En 1988, ils ont auditionné 3’000 personnes, en ont sélectionné 300 et n’en ont retenu que dix, dont moi. J’ai suivi trois ans de formation en danses folkloriques et en ballet classique, après quoi le ministère de la Culture m’a proposé le poste de soliste, que j’ai occupé pendant quinze ans. »
Même si mal payé, son amour pour la danse l’a poussé à persévérer et à créer, en parallèle. sa propre troupe de danses folkloriques, avec laquelle il a été en tournée dans le monde entier.
« La révolution de 2011 s’est fait contre l’art et la culture »
Puis est arrivée la révolution de janvier 2011. « Les Frères musulmans ont rapidement pris le contrôle de la rue. Pour eux, nous étions illégaux, haram. Ils sont venus au Balloon Theatre, siège de la troupe Reda, pour nous attaquer. J’étais le directeur de la troupe, j’ai dû protéger les danseuses et les danseurs. J’ai été blessé, on m’a hospitalisé. Malheureusement la révolution s’est fait contre l’art et la culture car l’avènement des islamistes nous a causé de gros problèmes », regrette-t-il.
Après quelques allées – retour, Sayed a décidé de s’installer en Suisse, où il avait de nombreuses relations et propositions de travail. « Aujourd’hui j’enseigne la danse orientale et la danse folklorique égyptienne, continue-t-il. La Suisse est un pays sûr, les gens ont un niveau d’éducation élevé et ils respectent l’art. »
Journée égyptienne le 25 mai à Onex
En plus de ses cours à l’école Dance Area, Sayed a participé récemment à la Fête de la Danse et s’apprête à célébrer la Journée égyptienne, le 25 mai à Onex. Un événement qu’il organise pour la quatrième fois avec Oriental Art House, l’association qu’il a fondée avec Stéphanie Ruiz et Thanh Toffolotto, pour mettre à l’honneur la culture et la richesse de son pays. Il y aura un bazar, des ateliers et des spectacles avec de nombreux artistes venus du Maroc, d’Ouzbékistan et d’Egypte.
« La première fois que j’ai rencontré Sayed, c’était en 2015, lors d’un très beau festival organisé par l’association Apcaa, nous raconte Tanja Devetak, la vice-présidente de Oriental Art House. J’y suis allée par hasard et je l’ai vu se produire sur scène dans différentes danses folkloriques. J’ai été fascinée par son expression artistique, la chorégraphie, le charisme et la qualité de sa troupe. »
Alors âgée de quarante ans, cette femme élancée, originaire de Serbie, commence à prendre des cours chez « ce grand professionnel » qui a introduit le folklore égyptien à Genève.
« Ce que nous avons avec Sayed est unique. Il maintient vivantes des traditions avec lesquelles j’ai des affinités car j’aime le folklore de mon pays, la Serbie. Il m’a fallu huit ans pour oser monter sur scène, mais Sayed est patient », s’amuse-t-elle. Et d’ajouter : « J’ai été très heureuse lorsqu’il a créé cette association et j’ai décidé de la soutenir pour préserver le patrimoine des danses folkloriques d’Égypte et coopérer avec d’autres groupes qui font de même. »
Au bord du Nil, la troupe Reda existe toujours. « Les problèmes politiques ont disparu, mais le gouvernement a de gros soucis d’argent et peine à la financer », regrette Sayed Antar, l’astre de la danse égyptienne. Qui préfère désormais faire rayonner son art au bout du Léman.


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