Tunisie : les oasis à l’heure de la récolte des dattes

Tunisie : les oasis à l’heure de la récolte des dattes

Oasis de Midès en Tunisie © Isolda Agazzi

La récolte des dattes a commencé dans les oasis du Sud de la Tunisie et elle promet de battre tous les records, après des années de baisse de la production due à la sécheresse. Carnet de route des oasis de montagne à l’oasis maritime de Djerba, en passant par les oasis sahariennes de Tozeur et Douz

« Midès est l’oasis la plus riche de Tunisie. La récolte des dattes a commencé il y a seulement une semaine ici, tandis qu’ailleurs elle a démarré début octobre. Et bien entendu, nos dattes sont les meilleures !», lance fièrement Ezdini Mohamed, guide local depuis 28 ans. Il nous montre de petites parcelles « à trois étages », où les palmiers s’élançant vers le ciel abritent des arbres fruitiers – orangers, oliviers, grenadiers, figuiers -, à l’ombre desquels poussent des légumes et des fleurs. Des régimes de dattes sont couverts par des plastiques pour les protéger des oiseaux, de la pluie et des nuisibles.

Ancienne mosquée de Midès © Isolda Agazzi

Midès, oasis de montagne fantôme en Tunisie

Midès est l’une des trois oasis de montagne situées à l’extrême sud-ouest de la Tunisie, au bout de la chaîne de l’Atlas saharien.

Collée à la frontière algérienne, elle est littéralement surmontée par un poste-frontière qu’on dirait gardé, à son tour, par quelques tombeaux de marabouts – de saints hommes (ou femmes) vénérés en Islam – aux typiques coupoles bleu ciel.

Le village a été fondé en 140 av. JC en tant que poste militaire berbère pour se protéger des invasions romaines. A l’époque, il était entouré par des remparts et on y accédait par un pont-levis en bois.

Aujourd’hui il est à l’abandon, par suite des inondations dévastatrices de 1969 qui ont emporté les maisons, construites en poutres de palmiers et en argile. C’était la dernière inondation en date, mais pas la première, ce genre de phénomène météorologique ayant lieu tous les vingt ans environ, nous assure-t-on.

Le silence est roi dans ce bourg fantôme, entouré par un canyon aride au bout duquel on distingue, avec un peu d’imagination, la forme d’une chouette gravée dans la roche. Les habitants des origines la vénéraient comme une déesse. Ce paysage époustouflant a servi de décor à des films mythiques comme Fort Saganne et le Patient anglais. On y trouve des fossiles de tortues, de coquilles Saint Jacques, de bigorneaux et des ossements et vertèbres de dinosaures car les montagnes étaient recouvertes par la mer il y a plusieurs millions d’années.

Ruines de Tamerza depuis le Tamerza Palace © Isolda Agazzi

Les ruines de l’oasis de Tamerza depuis le Tamerza Palace

En descendant dans la vallée, la route serpente le long de canyons abrupts, dans un paysage lunaire. L’ancien village de l’oasis de Tamerza n’a pas été rénovée non plus après les inondations de 1969.

On aperçoit ses ruines de l’autre côté de la rivière, qui était à sec hier, lors de notre passage, mais qui vrombissait il y a seulement une semaine, nous assure-t-on.

On le découvre depuis la terrasse du majestueux Tamerza Palace, un hôtel plein de charme et de mystère qui se fond harmonieusement dans le paysage. Il vient de rouvrir après de longues années d’abandon.

Tunisie oasis

L’oasis de Chebika © Isolda Agazzi

Chebika, seule oasis de montagne restaurée en Tunisie

Après avoir dégusté un jus de palmier près de la cascade de Tamerza, on arrive à Chebika. C’est la seule oasis de montagne dont l’ancien village a été restauré après la fameuse inondation. Comme dans les deux autres, les habitants ont été relogés dans un nouveau village.

Un flot ininterrompu de touristes (vacances scolaires obligent), arpente les chemins en terre de ce bourg où l’on cultive 42 variétés de dattes. Les visiteurs montent sur la colline, redescendent aux pieds de la source et suivent les seghias. Ce sont des canaux  d’irrigation qui permettent de maintenir la température de l’eau fraîche en été et chaude en hiver.

« En Tunisie il y a trois types d’oasis : les oasis de montagne – Midès, Tamerza et Chebika – les oasis sahariennes – Tozeur, Douz et celles du gouvernorat de Kebili – et les oasis maritimes – Djerba, Gabès et Zarzis », nous explique Bechir Trilla, né lui-même dans la médina de Tozeur. Dans la plus grande oasis de Tunisie, les dattes sont omniprésentes, du marché de gros au marché central, en passant par les échoppes.

Marché de Tozeur © Isolda Agazzi

Tozeur, plus grande oasis de Tunisie

Même la médina abritait un ancien grenier à dattes. Elle a été construite au 14ème siècle par la princesse Tozorous. Relativement petite, on y croise peu de monde car la vie se déroule essentiellement à l’intérieur des maisons, en raison de la chaleur.

Celles-ci sont construites en briques typiques faites d’argile et de poutres en bois de palmier, qu’on laissait reposer pendant un an dans le Chott Djerid pour les endurcir. Les briques fonctionnaient comme un climatiseur naturel et les murs des maisons pouvaient atteindre près d’un mètre d’épaisseur.

« On fait tout avec le palmier, continue Bechir Trilla : on tresse les feuilles pour fabriquer des objets de vannerie ; on utilise les troncs pour construire des barrages contre l’érosion, des poutres pour les toits, des meubles et des portes. » Dans la médina, celles-ci indiquent la richesse du propriétaire de maison. Elles sont en bois de palmier pour les plus pauvres, en bois d’olivier ou d’abricotier pour les plus riches.

Montgolfières à Ong Jemel le 28.10 © Isolda Agazzi

Douz, oasis à la porte du désert au charme nonchalant

On fait un détour par Ong Jemel, une longue dune où a été tourné La guerre des étoiles. Ces jours-ci s’y tenait un festival international de montgolfières.

Ensuite on reprend la route pour l’autre grande oasis saharienne : Douz. La plupart des touristes ne daignent s’y arrêter que pour une nuit, avant de s’élancer à l’assaut du désert à moto, en quad ou en 4×4. Mais cette petite ville mérite qu’on s’y attarde et qu’on se laisse emporter par son ambiance nonchalante et quelque peu décalée.

Souk de Douz © Isolda Agazzi

On se délecte de l’atmosphère typiquement saharienne de ce gros bourg. Le silence de la palmeraie n’y est interrompu que par le bruissement du vent dans les frondaisons des arbres. Ou par quelques mobylettes conduites par des hommes en chèche ou des femmes en foulard. Près du souk, des artisans fabriquent à la main des babouches en cuir qu’on ne trouve qu’à Douz, nous assure-t-on. Sous les arcades, à l’abri du soleil, des hommes en chèche jouent à une sorte de jeu de dame local.

Tunisie oasis

Cuillette des dattes à Douz © Isolda Agazzi

Au petit matin, les hommes s’affairent à la cueillette des dattes. Les pick-up transportent les femmes dans les ateliers où elles les trient, les emballent et les farcissent. On fait aussi du jus, du miel, des produits cosmétiques et même du café à partir de ce fruit mythique. On le retrouve dans les livres sacrés des trois religions monothéistes, à commencer par le Coran.

Mais les emplois dans la culture des dattes sont pénibles et peu valorisés. Les jeunes les délaissent pour se tourner vers le tourisme.

Chott El Jerid © Isolda Agazzi

Chott El Jerid et Djerba

La route passe par Souk Sahad, où se trouve un énorme radiateur rouillé. Il sert à refroidir l’eau chaude d’origine volcanique qui permet d’arroser les palmeraies. A l’occasion, il permet aussi aux habitants de venir prendre un bain chaud.

On continue sur Chott El Jerid, célèbre dépression salée située au pied de l’Atlas, qui abritait autrefois un lac très étendu. On le traverse par une route aujourd’hui goudronnée. L’effet du soleil sur la croute de sel crée des mirages faisant croire à l’existence d’eau à l’horizon.

A quelques 200 km de là, Djerba n’est pourtant pas un mirage. Notre voyage se termine dans cette oasis côtière, l’une des uniques oasis maritimes de la Méditerranée. La récolte des dattes y bat son plein et bien entendu, « ce sont les meilleures de Tunisie »!

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Marché de Douz © Isolda Agazzi

Prémisses d’une saison record de cueillette des dattes

La saison de la récolte des dattes vient de commencer en Tunisie. Elle s’annonce record, avec 404’000 tonnes attendues, selon un responsable du Centre patronal des PME. Qui relève cependant que « des pertes sont enregistrées dans les anciennes oasis qui combinaient palmiers, arbres fruitiers et cultures de feuilles, en raison de la fragmentation de la propriété ».

Pour le pays, c’est une excellente nouvelle, après des années de baisse de la production, due à la sécheresse et aux maladies qu’elle entraîne. La Tunisie est l’un des principaux producteurs et le deuxième exportateur de dattes au monde.

Le nombre de palmiers est en augmentation constante, atteignant 25% par an. La Tunisie produit quelques 130 sortes différentes de fruits. La plus prisée et plus cultivée est la Deglet Nour, littéralement « doigt de lumière » en raison de sa couleur translucide. Mais « la monoculture fragilise les palmeraies tunisiennes, en plus de poser un sérieux problème de biodiversité », souligne l’excellent Eden Palm, le musée du palmier dattier à Tozeur. La gestion de l’eau et l’adaptation au changement climatique sont un autre défi majeur de la filière.

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Ce reportage a été réalisé dans le cadre d’un voyage de presse organisé par l’Office national du tourisme tunisien (ONTT)

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