1er août : le cor des Alpes se fait l’écho d’une Suisse moderne

1er août : le cor des Alpes se fait l’écho d’une Suisse moderne

Cors des Alpes aux Bains des Pâquis pour la fête nationale suisse © Isolda Agazzi

A l’occasion de la fête nationale, un concert revisité de cors des Alpes a eu lieu aux Bains des Pâquis de Genève. Une tradition qui se modernise et qui attire des personnes venues des quatre coins du monde. A l’image de la Suisse, qui a cependant encore de nombreux défis à relever

En cette aube du 1er août, le son paisible et monotone de neuf cors des Alpes se lève des bords du Léman, se confondant avec le calme et la placidité du lac. En ce jour de fête nationale, les Bains des Pâquis de Genève ont organisé un de ces étonnants concerts matinaux dont ils ont le secret. Pour l’anniversaire de la Suisse, les cors des Alpes ne pouvaient pas manquer, mais revisités dans un style résolument moderne et éclectique par l’Association Musicatypique qui, comme chaque année, mène le bal.

Une foule encore plus nombreuse que d’habitude se masse sur les quais en bousculant quelques cygnes, captivée par le jeu d’une femme et de huit hommes, certains en tenue traditionnelle, d’autres en habits de ville. Ils entonnent une musique que l’on a plutôt l’habitude d’entendre là-haut sur la montagne et dans les vallées de ce petit pays enclavé. Tout à coup, les longs instruments en bois osent des notes plus enjouées et voilà qu’une batterie, un trombone et une guitare entonnent une mélodie jazzy qui invite le public à se déhancher. Un public bigarré – on entend parler russe, espagnol, anglais, chinois – à l’image de cette Suisse qui, en 733 ans d’histoire, a su se réinventer et se mélanger.

Au départ, le cor des Alpes était un instrument de communication

Après une heure de concert, alors que le soleil arrive enfin à se frayer un chemin entre les nuages, les joueurs de cor des Alpes se dispersent sur la jetée jusqu’au fameux plongeoir avec vue sur la ville, d’où ils entonnent les dernières notes. A la fin du concert, les musiciens prennent la pose de bonne grâce entre des spectateurs de toute nationalité, venus leur demander une photo.

« La tradition du cor des Alpes avait quasiment disparu, nous raconte Patrick Bielser, le chef d’orchestre et fondateur de l’association. En 1805, à la première fête de la pierre de Unspunnen, il ne restait plus que deux joueurs. Pour renverser la tendance, un mécène a fait construire une dizaine de cors des Alpes et mis en route une « fausse tradition » comme on dit, car en réalité elle n’existait pas. Depuis lors, cette fête des bergers se tient tous les douze ans et elle est devenue célèbre pour le lancer d’une pierre de plus de 83 kg. »

Cor des Alpes

© Isolda Agazzi

Le cor des Alpes, une tradition qui sait se réinventer

Matthieu, son fils, renchérit entre deux clichés : « Au départ, le cor des Alpes était un instrument de communication. C’était un peu l’ancêtre du téléphone. Chaque berger avait sa mélodie pour dire « tout va bien », ou « j’ai une vache malade ». Les bergers se passaient les informations pour les transmettre au village. Malheureusement on a perdu les codes de ces mélodies, contrairement à ceux de l’armée ou du car postal, par exemple. De célèbres musiciens qui sillonnaient la Suisse ont été subjugués par la puissance de ce son. Ils l’ont mis en musique. Le Guillaume Tell de Rossini, par exemple, est inspiré de la mélodie du cor des Alpes. Mais cette «tradition » est toujours bien vivante et depuis quelques années on s’en affranchit pour aller vers le moderne ».

Tout comme la Suisse, pourrait-on dire, dont la fête nationale célèbre le Pacte fédéral, l’acte fondateur de la Confédération helvétique. Il a été signé sur la prairie du Grûtli en 1291 par les représentants des trois cantons de Uri, Schwyz et Unterwald. Le but était de renouveler leur alliance et leur vœu d’assistance en cas de menace d’agression.

Philippe Lazzarini, le directeur de l’UNRWA, invité officiel de la Ville de Lausanne

Cette Suisse quelque peu mythifiée, où vivent en bonne harmonie quatre langues et deux religions – catholiques et protestants – a certainement su se réinventer. Elle est devenue un pays multiculturel et ouvert sur le monde et nulle part ailleurs ce n’est autant palpable que dans le canton de Genève, dont 40% des 500’000 habitants sont étrangers et presque la moitié des Suisses sont binationaux.

Pourtant, même dans ce pays. l’ouverture sur le monde n’est pas acquise. Surtout dans un contexte international de plus en plus bousculé. Mais ce soir, de l’autre côté du lac, l’italo-suisse Philippe Lazzarini sera l’invité d’honneur de la Ville de Lausanne. Il est le directeur de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens. Alors que le parlement a décidé de couper de moitié les fonds (qui passent de 20 à 10 millions de francs suisses), il devrait plaider pour que la Suisse réaffirme sa forte tradition humanitaire et se pose en médiatrice dans le conflit en cours à Gaza afin de  faire respecter le droit international humanitaire. Car elle est la dépositaire d’un autre acte fondateur: celui des Conventions de Genève.

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