La fête de Sainte Agathe illumine le folklore religieux sicilien

La fête de Sainte Agathe illumine le folklore religieux sicilien

Candelora de l’évêque Ventimiglia à la Fera o Luni © Isolda Agazzi

Ce week-end se tient à Catane la fête de Sainte Agathe, avec la participation des candelore, des chars apprêtés par les différents corps de métier. C’est la troisième plus grande manifestation de ce genre au monde et attire un million de personnes. Elle remonte au Moyen-Age et a été l’expression de la première forme de gouvernement démocratique sous le roi Alphonse D’Aragon

En ce dernier week-end de janvier, un baldaquin doré, orné de fleurs et de drapeaux et surmonté d’une lampe, scintille sous un soleil radieux. Il est posé en plein milieu du marché de la Fera o Luni, au centre de Catane. En se frayant un passage parmi les marchands de fruits et légumes, une foule compacte se presse autour de cette œuvre votive. Elle a été offerte par l’évêque Ventimiglia à Sainte Agathe, patronne de la ville. Ailleurs, charcutiers, bouchers, boulangers, vignerons, poissonniers et autres corps de métiers promènent leurs chars bariolés au son des fanfares. Des candelore décorées toujours plus richement, dans une émulation bon enfant et portées sur les épaules d’hommes vigoureux.

« Ces candelore (chars en bois, à l’origine ornés de grands cierges) ont été créées vers 1400 lorsque les corporations d’artisans de Catane demandèrent à être reconnues par Alphonse d’Aragon, roi d’Espagne et de Sicile. Celui-ci les obligea à offrir un cierge à Sainte Agathe, nous explique Alessandro Miccione, spécialiste du folklore religieux local. Elles sont nées ici et se sont répandues dans la province de Catane. Puis elles ont essaimé à Palerme, à Trapani et à d’autres régions de Sicile, mais sous une forme moins suggestive. »

Candelora de Sainte Agathe

Candelora des bouchers © IA

Expression du pouvoir du peuple

À Catane, à cette époque, était en vigueur un régime féodal où les nobles avaient le pouvoir. En 1435, le roi Alphonse d’Aragon fit entrer au gouvernement les premiers représentants du peuple, regroupés en corporations (appelées aussi confréries ou guildes, maestranze en italien). C’était des associations solidaires de corps de métiers – un peu comme les syndicats aujourd’hui. Ce fut la première forme de gouvernement démocratique de la ville. Chaque guilde avait sa candelora et autrefois il y en avait plus de trente. Vers 1800 les corporations furent abolies car les artisans avaient participé à des révoltes contre le gouvernement et les candelore furent confrontées à des difficultés financières. Beaucoup n’y survécurent pas.

Aujourd’hui il en reste quinze et cette fête surprenante – peu connue à l’étranger, bien que ce soit la troisième la plus importante au monde, après celles de Séville et de Cuzco – attire chaque année un million de visiteurs. Les athées se laissent emporter par la liesse populaire, les pieux prient Sainte Agathe. Au 3ème siècle, cette vierge qui avait choisi de se consacrer à Dieu fut martyrisée par le proconsul romain Quinziano, dont elle avait refusé les avances. Il lui fit couper les seins et… d’étonnantes pâtisseries de cette forme, le minne di Sant’Agata, sont vendues encore aujourd’hui. Elle mourut le 5 février 251.

Rue de Catane éclairée  © IA

Partie folklorique et partie religieuse

La partie folklorique démarre le 20 janvier, lorsque les premiers chars commencent à défiler dans la ville. Ils font le tour des quartiers au son des fanfares. La partie religieuse a lieu le 3, 4 et 5 février. « Le 3 sortent les autorités, les associations, le clergé et les candelore. Le char avec les reliques de Sainte Agathe sort le 4 tôt le matin et le 5 après-midi. Il fait le tour de la ville, passe sous les fenêtres d’un couvent de sœurs cloîtrées qui chantent dans un silence impressionnant et le 6 au matin il rentre à la cathédrale », continue Alessandro Miccione.

Dans la tradition populaire, certains garçons sont éduqués pour porter la candelora sur leurs épaules. D’autres commencent à 30 ans. Les paris fusent sur qui fera le parcours dans le temps le plus bref. « Ce sont des fêtes fastueuses qui remontent au 17ème siècle, dans le style typiquement espagnol. Je connais des touristes allemands athées qui viennent chaque année», conclut Alessandro Miccione.

Des fêtes anciennes, mais encore très vivantes, expression d’un folklore religieux qui ne subsiste qu’au sud. Et qui ne cessent de ravir la population locale et d’étonner et ravir les visiteurs venus du nord.

 

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