Salvatore Meccio et Massimo Laguardia, musiciens siciliens

Salvatore Meccio et Massimo Laguardia, musiciens siciliens

Salvatore Meccio et Massimo Laguardia, deux virtuoses de la musique sicilienne établis à Genève, donnaient un concert à l’espace culturel nomade Intime Poussière du Monde. Une yourte kirghize qui accueille des musiques insolites dans un décor intimiste. Prochain rendez-vous : des balades du Kurdistan le 26 novembre

« Cette yourte est merveilleuse ! C’est une yourte kirghize et contrairement aux mongoles, elle n’a pas de poteaux. J’ai vraiment l’impression d’être chez moi ! » s’exclame Ilona, une Kirghize installée à Genève, en prenant place sur les coussins multicolores adossés aux parois rondes, ornées de tissus traditionnels. Spécialiste des objets en feutre typiques de son pays natal, dont elle enseigne la fabrication lors d’ateliers dédiés, la jeune femme est une habituée des concerts organisés par l’espace culturel nomade Intime Poussière du Monde à Aïre, près de Genève.

C’est une initiative de Tina Perret-Gentil, une grande dame aux longues tresses, toujours habillée à l’indienne. « Cet espace est né après la récupération d’une yourte du festival Poussière du Monde que nous organisions au Parc Bernasconi », nous explique-t-elle. Avec son mari, ils ont sillonné les chemins de la terre pendant trente ans, avant de poser leurs caravanes sur un terrain mis à disposition par la municipalité.

Salvatore Meccio e Massimo Laguardia jouent Mirror Drums

Le dimanche soir, une fois par mois environ, ils invitent des musiciens à se produire sous la petite yourte. Non sans avoir d’abord offert aux spectateurs du chai (le typique thé indien au lait et aux épices) et une tarte aux pommes préparée par Tina.

En ce soir de début novembre, c’est un peu le choc des cultures. La yourte venue du froid accueille Mirror Drums, un concert de musique sicilienne donné par Salvatore Meccio et Massimo Laguardia.

Les deux compères, qu’on a parfois de la peine à distinguer tellement ils sont fusionnels et ont une complicité qui saute aux yeux, se lancent dans un spectacle plein d’humour. Chants polyphoniques, guitare accompagnée de tammorra et tamburello, les typiques percussions siciliennes, charment les oreilles du public. Le poêle en bois chauffe tellement la petite yourte que la température se rapproche de la fournaise sicilienne.

Salvatore Meccio et Massimo Laguardia, la musique sicilienne jusqu’en Malaisie

« Notre collaboration a commencé avec le lancement du groupe Tammorra en 1992, que nous avons créé pour donner des concerts et des conférences dans les écoles siciliennes pour le compte d’une coopérative d’artistes », nous explique Massimo, un quinquagénaire aux yeux vifs et à la petite moustache noire.

Salvatore, un quinqagénaire aux yeux vifs et à la petite moustache noire, continue : «Ensuite nous avons sillonné l’Europe et le monde pendant quinze ans, donnant des concerts jusqu’en Malaisie. Nous avions déjà abandonné les chansons folkloriques traditionnelles et je suis devenu parolier. Massimo écrivait aussi des chansons de temps en temps et nous les avons arrangées en utilisant des instruments typiques et en les colorant avec les saveurs et les rythmes de notre tradition. Nous nous inspirions de la scène folklorique de toute l’Italie du sud, pas seulement de la Sicile. Dans le dialecte sicilien on entend des influences nord-africaines, espagnoles, parfois même françaises »

Salvatore Meccio et Massimo Laguardia enseignent la musique sicilienne aux ADEM

Ensuite le groupe est « congelé » et les deux musiciens débarquent à Genève, où ils commencent à donner des cours de tammorra et tambourin aux Ateliers d’Ethnomusicologie (ADEM). Il y a un boom d’étudiants et le succès est au rendez-vous.

« Nous sommes bien reçus en Suisse, se réjouit Salvatore. Ce qui nous intéresse c’est la communication. Nous ne pouvons pas transmettre nos idées sans interagir avec le public, sinon il suffit d’acheter un disque. Les histoires doivent être racontées. Massimo est l’un des plus grands joueurs de tammorra et de tambourin d’Europe, les gens le vénèrent comme la statue de Santa Rosalia. »

Sainte Rosalie c’est la patronne de Palerme. A l’occasion de sa fête, les dévots montent à son sanctuaire sur le Monte Pellegrino. Salvatore et Massimo ont écrit une chanson satirique qui ravit le public. Ils entonnent ensuite des mélodies qui racontent l’amour par métaphores et une balade inspirée par une antique tradition populaire, qui narre l’histoire d’une princesse et d’un amour interdit. Mais aussi des mélopées inspirées par des sujets de société, comme la frénésie de la vie moderne qui empêche les gens de s’intéresser véritablement aux autres.

Balades du Kurdistan à Intime Poussière du monde le 26 novembre

Après une bonne heure de concert, les spectateurs, ravis, se déchaussent des babouches en feutre et se retrouvent près des roulottes pour un dernier verre.

Ils reviendront probablement le 26 novembre écouter des balades du Kurdistan sous la petite yourte kirghize.

 

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