Si seulement je pouvais hiberner: l’hiver, source de résilience

Si seulement je pouvais hiberner: l’hiver, source de résilience

Les herbes sèches et Si seulement je pouvais hiberner, actuellement sur les écrans romands, nous plongent dans des hivers comme on n’en fait plus, du moins sous nos latitudes. Des films que tout oppose et dont on ressort avec des états d’âme radicalement différents

D’abord Les herbes sèches, du monument du cinéma turc Nuri Bilge Ceylan. Samet, enseignant d’une trentaine d’années originaire d’Istanbul, promène son cynisme, son ennui et son vide intérieur dans les steppes d’Anatolie, balayées par d’incessantes tempêtes de neige. Il enseigne dans une école qu’il veut quitter au plus vite et entretient des relations ambiguës, pour ne pas dire toxiques, avec ses jeunes élèves et son co-locataire, qui rêve encore d’amour et de mariage.

Désillusionné, il se lance dans d’interminables joutes oratoires, accompagnées de rasades d’alcool, avec un jeune Kurde qui finira par quitter le village. Et avec une enseignante kurde pleine d’idéaux, qui croit à la supériorité de l’action collective sur l’individualisme et qui cherche un nouveau sens à sa vie, après qu’elle a sauté sur une mine et se sent devenue inutile. Leurs points de vue sont inconciliables.

On sort de ce long film de 3h17, primé à Cannes, avec des sentiments mélangés : une pesanteur certaine, adoucie par la beauté immaculée des paysages – à condition d’aimer l’hiver et le froid – et le talent de grands acteurs, et l’envie de cocooner au coin de la cheminée.

Dans Si seulement je pouvais hiberner, une yourte échouée à la périphérie d’Oulan-Bator

On hésite à tenter à nouveau l’expérience du grand froid… Mais une programmation cinématographique particulièrement riche en ce long hiver genevois nous pousse à nous laisser tenter par Si seulement je pouvais hiberner. Déjà parce qu’un film mongol est un événement assez rare sur nos écrans. Ensuite parce que ce lointain pays d’Asie centrale, qui a quitté le giron de l’URSS il y a 32 ans, nous a toujours fascinée.

Et voilà qu’on ressort ressourcée de ce premier long métrage de la jeune réalisatrice Zoljargar Purevdash (une co-production suisse), présenté à Cannes en sélection officielle (Un Certain Regard) et d’autant plus précieux qu’il est fortement autobiographique.

Tourné avec des acteurs non professionnels, il raconte l’histoire de la Mongolie moderne et de son clivage ville – campagne : Ulzii, 15 ans, vit dans une yourte à la périphérie d’Oulan- Bator avec ses trois frères et sœur et sa mère. Celle-ci est alcoolique et démissionnaire depuis la mort de son mari, qui a amené la famille en ville de la campagne, où il possédait un troupeau de 1000 vaches.

En Mongolie, le salut par la physique

Le principal souci de la famille est de se chauffer. Il fait froid, très froid dans cet hiver d’Asie centrale et dans le poêle de la yourte douillette, mais glaciale, on brûle tout ce qu’on trouve : bois, pneus, cartons, souvent rien. Mais Ulzii est brillant et son professeur découvre rapidement ses talents en physique. Or, le pays cherche des ingénieurs pour se développer et l’enseignant prend le jeune homme sous son aile pour le préparer à un concours national qui lui permettra de fréquenter les meilleures universités et trouver un emploi bien payé.

Comme en Corée du Nord, et en général dans les ex-pays soviétiques, les scientifiques sont visiblement les nouveaux héros de la nation.

Quand la mère retourne à la campagne avec le plus jeune frère, Ulzii se retrouve seul à s’occuper de la petite fratrie, mais ce frère-courage ne baisse pas les bras, encouragé par la solidarité des voisins et quelque peu aidé par les programmes sociaux. « Si seulement je pouvais hiberner », se désole le petit frère, transi par le froid. Mais ce n’est pas le genre d’Ulzii, qui arrive à lui rendre la pèche et le sourire.

On sort de ce film d’1h37 avec le sentiment que tout est possible, même dans la misère et le froid, et que si on peut, on veut.

 

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