Le Kef, pépite méconnue du nord-ouest tunisien

Le Kef, pépite méconnue du nord-ouest tunisien

Le Kef, café maure de Sidi Bou Makhlouf © Isolda Agazzi

Le Kef, en Tunisie, accueille actuellement le Sicca Jazz Festival. L’occasion de découvrir une petite ville au passé millénaire et une région bucolique, hors des sentiers battus. En poussant jusqu’à Djerissa, l’ancienne cité minière construite par les colons français, et en rentrant par Testour, une bourgade d’origine andalouse où le temps a littéralement suspendu son vol

Des notes jazzy s’élèvent dans la nuit étoilée, portées par une brise légère qui, du haut de la colline, balaye une journée déjà chaude en ce 1er mai. A la kasbah, la forteresse ottomane qui domine la ville du Kef, la deuxième soirée du Sicca Jazz semble ravir un public varié – et patient, vu les aléas de la programmation et le retard du début du concert. Jusqu’au 4 mai, la dixième édition de ce festival hors des sentiers battus, organisé en dépit des difficultés logistiques et financières, va faire vibrer cette petite ville du nord-ouest de la Tunisie.

Un pays qui connaît une vie culturelle foisonnante qui rayonne bien au-delà de la capitale, portée par une jeunesse avide d’ouverture. Car si l’intérieur des terres a longtemps été délaissé par le pouvoir et snobé par les citadins des zones côtières, la révolution de 2011 a sonné la revanche des campagnes et mis à l’honneur la culture berbère.

Le Kef, vue depuis la zaouia de Sidi Bou Makhlouf © Isolda Agazzi

Le Kef, l’ancienne Sicca Veneria romaine

En ce début mai, des jeunes mélomanes branchés se retrouvent donc à Le Kef, une ville à quelques 70 km de la frontière algérienne. Le festival s’inspire de Sicca Veneria, du nom donné à la ville par les Romains, qui ont laissé de nombreux vestiges sur place – les thermes, ou Temple des Eaux – et dans les alentour – entre autres les ruines impressionnantes et très peu visitées de Dougga.

La bourgade dégage une douceur de vivre et une coolitude inattendues. La médina, qui serpente doucement à flanc de coteau, recèle des trésors cachés plus ou moins bien entretenus, comme une ancienne synagogue. La voix d’Oum Khaltoum s’élève du café maure qui s’étire nonchalamment sur les escaliers devant le mausolée de Sidi Bou Makhlouf. Un groupe de jeunes improvise un concert de guitare.

Les coupoles blanches de la zaouia veillent sur les plaines fertiles qui s’étendent à perte de vue. Le rouge des coquelicots, le jaune des fleurs sauvages et le bleu de la lavande ponctuent les champs de blés. Quelques moutons avalent goulument l’herbe verte laissée par un hiver particulièrement pluvieux. Les cigognes nichent dans des nids construits au sommet des poteaux électriques, donnant au paysage qui s’étend jusqu’aux contreforts de l’Atlas un air bucolique à souhait.

Djerissa, compagnie d’exploitation de la mine de fer © Isolda Agazzi

Djerissa, cité minière construite par les colons français

Après avoir parcouru cinquante kilomètres d’une route peu fréquentée on arrive à l’ancienne cité minière de Djerissa, un symbole de la colonisation à elle toute seule. Dès 1890, les Français y ont exploité d’importantes mines de fer pour soutenir la révolution industrielle en métropole. Ils y ont construit une ville avec ses maisons d’habitation aux typiques toits en brique, une église, une école et une salle de cinéma.

Les employés étaient Tunisiens, Maghrébins, Français, Italiens, Corses et Maltais et ils vivaient selon une structure hiérarchisée et ségréguée. Pour relier les mines en Algérie voisine et en Tunisie et les connecter aux ports du littoral, les colons ont construit un réseau de chemins de fer qui existe encore en partie. Le minerai de Djerissa était acheminé jusqu’au port de la Goulette, d’où il était exporté vers la France.

Aujourd’hui, la mine est encore en activité, mais elle fonctionne très au ralenti. Alors qu’elle a occupé plus de 4000 ouvriers en 1930, il n’en reste plus que 300 environ aujourd’hui, qui souffrent à cause de la diminution de l’activité et du salaire. Les anciens bâtiments, qui font partie du patrimoine industriel tunisien, mériteraient certainement qu’on leur donne une nouvelle vie.

Testour © Isolda Agazzi

Testour, ancienne cité andalouse

Après une visite du musée situé dans l’ancienne église, on reprend la route pour Tunis. Celle-ci passe par Testour, une petite ville d’origine andalouse où les maisons blanches basses aux toits en tuiles rouges, les tables de café posées à l’ombre des bigaradiers et la nonchalance ambiante nous transportent immédiatement au sud de l’Espagne.

Dans la rue principale, des étals proposent des fromages à pâte dure ou molle, relevés à la harissa, au poivre, aux épices et aux herbes. Enchantés par cette tradition fromagère relativement récente en Tunisie, on les déguste fumés ou nature, accompagnés de la traditionnelle tabouna, le pain berbère.

Les petites ruelles de la médina nous mènent à la mosquée. L’horloge du minaret a la particularité, unique dans le monde arabo-musulman, d’être pourvu d’aiguilles qui tournent à l’envers. Dans ce coin idyllique de Tunisie le temps a littéralement suspendu son vol.

 

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