En Palestine, filmer pour faire exister les droits des femmes

En Palestine, filmer pour faire exister les droits des femmes

Palestine, filmer c’est exister !, le festival du film qui s’ouvre demain soir à Genève, questionne les codes qui régissent le statut de la femme palestinienne. Thank you for banking with us aborde avec humour le sujet de l’inégalité entre frères et sœurs dans l’héritage. The Judge retrace le parcours de Kholoud Al-Fakih, la première femme juge au sein d’un tribunal islamique

Peut-on raconter la Palestine autrement que par le biais de la guerre à Gaza ? C’est le parti pris de Palestine, filmer c’est exister, le festival du film palestinien qui s’ouvre demain soir à Genève. En plus de documentaires et table-rondes sur les horreurs, les origines et le traitement médiatique du conflit, cet événement annuel devenu culte a choisi de montrer la vie quotidienne des Palestiniens, à Gaza et en Cisjordanie. A commencer par la délicate question des droits des femmes, que la réalisatrice Laila Abbas traite avec humour dans Thank you for banking with us, le film d’ouverture.

Thank you for banking with us, l’inégalité dans l’héritage à Palestine, filmer c’est exister!

A la mort de leur père, deux sœurs de Cisjordanie sont confrontées à l’épineuse question de l’héritage. La loi islamique prévoit que leur frère hérite la moitié et elles un quart chacune de la fortune du défunt, mais Mariam et Noura ne l’entendent pas de cette oreille. Elles commencent alors à chercher des subterfuges pour encaisser le chèque mirobolant qui leur permettrait de changer de vie.

Car, elles en sont sûres, c’est à elles que leur père destinait son argent et non à ce frère émigré aux Etats-Unis, qui ne s’est jamais occupé de sa famille. Mais la banque exige des garanties que seul un homme peut leur apporter et la quête improbable d’un complice va réunir les deux sœurs, en apparence si différentes, et mettre à nu les failles de leurs vies.

Cette fiction enlevée aborde avec humour une inégalité de droits entre hommes et femmes qu’aucun pays musulman, ni aucun dirigeant arabe, aussi progressiste soit-il, n’a jamais osé abroger. Les personnages posent des questions pertinentes et amènent des réponses qui reflètent les vécus de chacun. En filigrane, le film pointe du doigt une classe moyenne obsédée par la réussite matérielle et l’apparence, au détriment de la communication entre les sexes et les générations.

Kholoud Al-Fakih dans The Judge 

C’est précisément l’inégalité de droits entre hommes et femmes que Kholoud Al-Fakih a combattu au sein du tribunal islamique (sharia court) de Ramallah, où elle a été la première femme à siéger en 2009. Un parcours hors normes raconté par The Judge, un documentaire de la réalisatrice américaine Erika Cohn, sorti en 2017. C’est ce tribunal religieux qui traite tous les litiges relatifs au droit de la famille et au statut personnel – mariage, divorce, garde des enfants, polygamie. A noter que la question de l’héritage n’est pas évoquée dans le documentaire.

Les juges interprètent la loi islamique d’un point de vue masculin, mais Kholoud relit les textes sacrés avec ses yeux de femme. Elle va à la rencontre de ses « soeurs », les écoute, les incite à écrire des contrats de mariage détaillés stipulant les conditions qu’elles posent à la polygamie, par exemple, et à revendiquer leurs droits. Première femme en Palestine et dans tout le Moyen-Orient à accéder à ce poste, elle a fait des émules et ouvert la voie à deux consœurs, du moins tant que le pouvoir politique l’a laissée faire… Il serait intéressant de savoir ce qu’elle est devenue aujourd’hui, près de 25 ans après sa nomination.

Pour sa quatorzième édition, Palestine filmer c’est exister!, devenu un événement incontournable de la scène culturelle genevoise, va quitter le cadre intimiste du cinéma Spoutnik, où il est né, pour des salles plus spacieuses. Capables d’accueillir un public de plus en plus nombreux et passionné par une région du monde dont on ne connaît trop souvent que les horreurs.

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Palestine, filmer c’est exister ! Genève, 26 – 30 novembre 2025, Théâtre Pitoeff et Cinémas du Grütli

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