La voix de Hind Rajab crie sous les bombes de Gaza

La voix de Hind Rajab crie sous les bombes de Gaza

La voix de Hind Rajab raconte les échanges téléphoniques entre une fillette visée par les tirs de l’armée israélienne et le Croissant rouge palestinien. Ce docu-fiction de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania a remporté le Lion d’argent à la Mostra de Venise. C’était peu avant qu’une commission d’enquête de l’ONU déclare, il y a deux jours, qu’Israël commet un génocide à Gaza

Début 2024, les appels d’urgence ne cessent de sonner au Croissant rouge palestinien. Au bout du fil, des Gazaouis coincés sous les bombes. Au bureau, une équipe d’urgentistes qui travaille d’arrache-pied pour essayer de leur venir en aide dans un contexte infernal.

Un jour Omar reçoit l’appel d’un Palestinien vivant en Allemagne qui le met en contact avec sa famille, ou ce qu’il en reste. Elle a été frappée par l’armée israélienne en essayant de fuir la ville de Gaza. Après plusieurs tentatives, il distingue péniblement la voix fluette d’une petite fille coincée dans les décombres de la voiture. Elle gît au milieu de sa famille « endormie ». La fillette décline son identité : Hind Rajab, en maternelle à l’école « des papillons». Elle a donc cinq ans.

Kaouther Ben Hania réalise La voix de Hind Rajab après Les filles d’Olfa

C’est dans ce huis-clos étouffant que se déroule La voix de Hind Rajab. Ce docu-fiction de Kaouther Ben Hania vient de remporter le Lion d’argent à la Mostra de Venise. Après Les filles d’Olfa, la réalisatrice tunisienne livre un nouveau film coup de poing inspiré de faits réels. Dans le premier, elle mettait en scène l’histoire poignante de jeunes filles parties rejoindre l’Etat islamique en Libye. Dans celui-ci, elle raconte le drame qui se joue au bureau du Croissant rouge palestinien. La source, ce sont les enregistrements téléphoniques qui documentent cette tentative de sauvetage.

Le feu vert de l’armée israélienne peut prendre jusqu’à trente heures

La station-service où est coincée Hind Rajab ne se trouve qu’à huit kilomètres du centre de secours. Mais l’ambulance ne peut pas partir sans le feu vert de l’armée israélienne qui occupe le nord de la bande de Gaza. Le responsable de la coordination a la lourde tâche de faire respecter le règlement. Il doit obtenir d’abord une autorisation de passage. C’est la Croix rouge qui établit la liaison avec le ministère israélien compétent, qui s’adresse à son tour à l’armée. Et cela peut prendre jusqu’à trente heures.

Le CICR ne peut plus rien faire pour sauver Hind Rajab

Au bout de plusieurs tentatives, le CICR affirme ne plus pouvoir agir. Les secouristes doivent trouver des appuis informels pour passer sans mettre en danger la dernière ambulance qui leur reste dans le nord de la bande de Gaza. Toutes les autres ont été détruites et leurs collègues tués.

Ces hommes et femmes sont soumis à un stress intenable, tiraillés entre le désir de s’élancer tout de suite et l’obligation de respecter le protocole. Les nerfs à vif, en manque de sommeil, ils laissent éclater leurs émotions. Certains n’ont pas vu leur famille depuis deux mois. La voix de Hind Rajab est le seul fil auquel ils s’accrochent pour garder espoir. Le spectateur est tenu en haleine jusqu’au bout : pourront-ils passer ? Arriveront-ils à sauver Hind Rajab ?

Une commission de l’ONU accuse Israël de génocide à Gaza

La voix de Hind Rajab raconte des faits survenus il y a près d’un an et demi et depuis lors la situation à Gaza est devenue encore pire. Selon les chiffres de l’ONU, 62’000 Palestiniens sont morts depuis le début de la guerre, dont 18’000 enfants.

Si l’opinion publique internationale est de plus en plus révoltée, comme l’a montré l’ovation de près d’une demi-heure qui a suivi la projection du film à Venise, on ne peut pas en dire de même des gouvernements.

Pourtant les conclusions du rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés devrait pousser les Etats à agir. Présenté le 16 septembre à Genève, il conclut qu’Israël a commis un génocide à Gaza et continue à le faire.

Plus spécifiquement, les trois commissaires affirment que l’Etat hébreu a commis quatre des cinq actes génocidaires définis par la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. A savoir le meurtre, le fait de causer des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale, le fait d’infliger délibérément des conditions d’existence destinées à provoquer la destruction totale ou partielle des Palestiniens, et le fait d’imposer des mesures visant à empêcher les naissances.

« Actes génocidaires dans l’intention de détruire les Palestiniens en tant que groupe »

L’intention génocidaire est un aspect clé définissant le crime de génocide. Les experts concluent que « les déclarations explicites des autorités civiles et militaires israéliennes et le comportement des forces de sécurité israéliennes indiquent que les actes génocidaires ont été commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, les Palestiniens de la bande de Gaza en tant que groupe ».

Parmi les actes génocidaires examinés, ils énumèrent la destruction systématique du système de santé et le fait de cibler directement les enfants. Comme le montre clairement La voix de Hind Rajab, qui tombe à point par le hasard du calendrier.

Des ONG et des experts indépendants de l’ONU avaient déjà parlé de génocide, notamment Francesca Albanese. Mais la publication de ce rapport est un pas important. En effet, la Commission d’enquête est un organe officiel de l’ONU, mandaté par le Conseil des droits de l’homme.

Une reconnaissance formelle par l’ONU du crime de génocide oblige théoriquement les 153 Etats parties à la Convention internationale sur le génocide à adopter des mesures économiques, diplomatiques et militaires pour y mettre fin.  A commencer par l’arrêt de la livraison d’armes et l’adoption de sanctions. Parmi ceux-ci figurent les Etats-Unis, Israël et tous les pays européens.

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