Terres de Sicile et de Tunisie, les photos d’une mémoire partagée

Terres de Sicile et de Tunisie, les photos d’une mémoire partagée

© Lorenzo Tallarita

Après avoir été présentée à Gibellina, en Sicile, l’exposition réunissant des photographes amateurs tunisiens et siciliens débarque à Tunis. Elle souligne les affinités des deux peuples, de part et d’autre de la Méditerranée, dans leur rapport à la terre. Vernissage le 7 novembre

Per l’italiano cliccare Terra di Sicilia e Tunisia IT

Le temple grec de Segesta perdu au milieu d’une campagne déserte, silhouette fantomatique veillant sur un passé millénaire. Des ouvriers posant à côté d’imposants tracteurs et de machines qui les dépassent, dans des usines où la mécanisation vient de faire son apparition.

Ces photos en noir et blanc prises à Trapani, en Sicile, à la fin du 20ème siècle, sont suivies de cartes postales illustrant la Tunisie de la même époque. On y voit des femmes au lavoir, un Européen conduisant un tracteur, des dromadaires tirant l’eau d’un puits arabe et des Bédouines confectionnant le pain à même le sol. Ces clichés en noir et blanc ouvrent la rétrospective de Terres de Sicile et de Tunisie, mémoire partagée, une exposition qui s’est tenue début septembre à Gibellina, capitale italienne de l’art contemporain 2026, et qui débarque le 7 novembre à Tunis.

Terres de Sicile et de Tunisie

© Skander Zarrad

Terres de Sicile et de Tunisie après La mer de Sicile et de Tunisie

« Cet événement revêt trois significations : la Sicile et la Tunisie se ressemblent, elles sont le miroir l’une de l’autre. Au XXe siècle, c’était nous qui émigrions ; aujourd’hui, ce sont eux qui viennent chez nous. Les arts, notamment l’art joaillier, les couleurs et les motifs sont semblables », nous explique Paolo Rizzo, le concepteur du projet.

Celui-ci fait suite à une exposition jumelle sur le thème de la mer organisée l’année passée par les mêmes associations: I colori della vita de Trapani et Didon et Enée de Tunis.

« L’idée de cette année est née d’une rétrospective de photographies de Trapani réalisées par un grand maître, Salvatore Matera, continue le photographe amateur qui partage sa vie entre les deux villes. À côté, nous avons placé des cartes postales tunisiennes originales pour montrer qu’il y avait de nombreuses similitudes, comme la présence de tracteurs ici et là. La rétrospective sert à introduire l’exposition contemporaine. Neuf Tunisiens et sept habitants de Trapani y proposent une interprétation de notre façon de voir la terre : agriculture, élevage, mines de phosphate, désert… J’ai moi-même associé l’eau et le blé pour capter la tabouna, l’emblématique pain berbère. »

Refroidisseurs d'eau thermale

© Mouna Fkih Kouaja

Les terres de Sicile et de Tunisie : des paysans au désert, aux refroidisseurs d’eau thermale

L’exposition contemporaine montre, par des clichés saisissants, les gisements miniers de Tunisie, abandonnés depuis la fin de la colonisation après avoir pollué la terre et les airs. D’autres photos racontent la vie des paysans à l’ombre des palmiers.

Il y a aussi  ces étonnants refroidisseurs d’eau thermale qui surgissent au milieu de nulle part dans le sud tunisien. Ils font le bonheur des habitants qui viennent s’y laver à l’eau chaude. Les paysans courbés sur leurs terres renvoient à ceux de Sicile. On voit ceux-ci cueillir les grappes de raisin et pousser les troupeaux de bœufs et de moutons. Une image surréaliste montre un cheval broutant nonchalamment aux pieds d’une bicoque abandonnée dont le toit est coiffé de figues de barbarie.

Fondation Orestiadi et Dar Bach Hamba

« J’ai eu l’idée de faire la première partie de l’exposition à Gibellina car cette ville a une signification profonde, ajoute Paolo Rizzo. Lorsqu’il s’y rend en 1968, juste après le tremblement de terre, le sénateur Ludovico Corrao trouve une ville entièrement détruite. Il a alors l’idée de lancer un appel à tous les plus grands artistes de l’époque. Il leur demande d’apporter leur contribution et d’envoyer un signal en faveur de la renaissance de ce territoire. Lorsqu’il vient à Tunis, il tombe amoureux de cette terre. Il crée la Fondation Orestiadi pour célébrer la culture entre les deux rives de la Méditerranée. Pendant longtemps, celle-ci a eu une antenne à Dar Bach Hamba, un palais beylical de la médina de Tunis. Il était appelé Casa Sicilia. »

Après le départ de la fondation Orestiadi, cette maison est devenue le siège de l’Art Rue, une fondation qui organise une célèbre biennale d’art contemporain dans des lieux insolites se la médina de Tunis.

Michele Cernigliaro

© Michele Cernigliaro

La photo, parent pauvre de l’échange entre les deux rives

L’exposition entend aussi faire comprendre les liens entre les deux pays à travers la culture gastronomique. Pour cela, elle propose une dégustation de produits tunisiens et de produits de Trapani. Le chef Taieb Bouadra l’animera lors du vernissage du 7 novembre.

« Nous ne vendons pas de photos, nous essayons de promouvoir la culture à travers la photographie. Celle-ci était jusqu’ici le parent pauvre des échanges culturels entre les deux rives », conclut Paolo Rizzo.

————————————————————–

Terres de Sicile et de Tunisie, mémoire partagée, exposition photo, 7 – 21 novembre 2026, Maison des arts CNAV, Belvédère de Tunis. Vernissage le 7 novembre à 17h

 

COMMENTAIRES

WORDPRESS: 0