Le « Parcours de l’eau, du glacier au Rhône » passe par la cabane de Prarochet © Isolda Agazzi
Avec le «Parcours de l’eau, du glacier au Rhône » on ne marche pas dans les Alpes suisses, mais sur la lune… On traverse des paysages de lapiaz ponctués de gouilles, qui vont de Glacier 3000 au col du Sanetsch. Ce sentier didactique suit la ligne de partage des eaux entre le Rhône et le Rhin, avec une halte magique à la cabane de Prarochet
On part pour se dégourdir les jambes et on trouve l’absolu. En montant du col du Sanetsch, dans le Valais suisse, à la cabane de Prarochet, on passe en deux petites heures du vert des pâturages au gris minéral d’un monde surréaliste. On quitte la ligne de partage des eaux entre le Rhône et le Rhin pour laisser l’un filer vers la Méditerranée et l’autre vers la mer du Nord. A 2’500 mètres d’altitude, on croit marcher sur la lune et on touche le ciel avec un doigt.
Pas une goutte d’eau ne vient adoucir ce paysage de lapiaz – une « étendue de roche calcaire qui a été sculptée par les précipitations et l’écoulement des eaux », comme l’explique le « Parcours de l’eau, du glacier au Rhône ». Ce tout nouveau sentier didactique de 30 km a été inauguré début août par le canton du Valais. Sur les roches s’étendait le glacier, dont elles ont été libérées il y a environ 170 ans.

Montée à la Quille du Diable, au-dessus du glacier de Tsanfleuron © Isolda Agazzi
Le glacier de Tsanfleuron pourrait bientôt disparaître
La seule trace de vie, dans ce paysage de fin du monde, sont les quelques gouilles sculptées dans la roche où s’accumule l’eau résultant de la fonte des neiges. Elles vous dévisagent comme de grands yeux gris tournés vers le ciel qui reflètent le blanc cotonneux des nuages bas.
A l’horizon, on aperçoit les glaciers du massif des Diablerets, dont le net recul dégage une sensation de spleen. Le plus grand est celui de Tsanfleuron, qui trône au-dessus de l’immense domaine skiable de Glacier 3000. Entre 1859 et 2015, il a perdu 2/3 de sa surface et pourrait avoir complètement disparu d’ici 2040 ou 2060. La fatigue et l’altitude aidant, on plane à trois mille…
Des rivières plus ou moins célèbres y naissent, comme la Morge et, un peu plus loin, la Sarine, qui s’écoule vers Fribourg. En bas de la vallée, le bisse de la Tsandra achemine encore l’eau de la Morge vers les pâturages des alentours.

Arrivée à la cabane de Prarochet © Isolda Agazzi
Le « Parcours de l’eau, du glacier au Rhône » passe par le cabane de Prarochet
A ses pieds se dresse la cabane de Prarochet. C’est une typique construction en briques grises surmontée du drapeau de la commune de Savièse. L’accueil est simple et chaleureux. L’eau est captée dans les gouilles environnantes et se consomme avec modération.
Le silence est absolu. On y passera une nuit au plus près des étoiles, bercés par la brise qui caresse le flanc des montagnes. Le lendemain matin, réveil tout en douceur face à la montagne qui se farde de rose, après une nuit en dortoir où la magie des lieux tient lieu de confort.

Vue sur Derborence de la Quille du Diable © Isolda Agazzi
La Quille du Diable et Derborence
On n’a pas fini de monter. Mais cette fois le ciel semble se muer en enfer face à la vue menaçante de la Quille du Diable. Cet énorme rocher en forme de tour domine le massif des Diablerets. Ses éboulements faisaient dire aux habitants effrayés que le démon s’amusait à jeter des pierres.
Le plus terrible est celui qui s’est produit en 1714 à Derborence. C’est une minuscule bourgade qu’on aperçoit au fond de la vallée donnant sur l’autre versant, au bord de son lac. Une tragédie qui a inspiré le roman éponyme de l’écrivain suisse Charles Ferdinand Ramuz, visiblement envoûté par cette montagne. Comme nous.

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