La reconstruction de Gaza prendra 70 ans et coûtera des milliards

La reconstruction de Gaza prendra 70 ans et coûtera des milliards

La reconstruction de Gaza sera une œuvre titanesque © United Nations

La CNUCED a calculé que si la guerre s’arrêtait aujourd’hui, la reconstruction de Gaza prendrait 68 ans pour atteindre le niveau économique de 2022 – qui était déjà à terre depuis le blocus de 2007 – et cela coûterait des dizaines de milliards de dollars. Elle appelle à lever le blocus et à organiser une conférence internationale sur la reconstruction

Tout le monde parle de la reconstruction de l’Ukraine, mais personne ne parle de la reconstruction de Gaza. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUNCED) a eu le courage de le faire. Elle a mesuré l’ampleur des dégâts et des besoins dans un rapport publié hier. Grâce à des images satellites, elle a estimé que si l’économie de l’enclave avait déjà chuté de 4,5% depuis le début de 2023, elle a carrément plongé de 24% depuis le 7 octobre.

Pourtant à ce moment-là elle était déjà à terre. Depuis l’imposition du blocus par Israël en 2007, le Produit national brut (PNB) a pratiquement stagné. il n’a augmenté que de 0,4% par an. Si les opérations militaires israéliennes cessaient aujourd’hui et la reconstruction commençait demain, cela prendrait jusqu’en 2092 pour atteindre le niveau économique de 2022.  Mais même avec un taux de croissance totalement irréaliste de 10%, il faudrait 11 ans pour atteindre le niveau d’avant 2006.

Gaza enlevé de l’agenda de développement depuis le blocus

Bien qu’Israël se soit « retiré » de Gaza en 2005, il maintient le contrôle de son espace aérien et de toutes les frontières maritimes et terrestres. Seule une frontière de 12 km avec l’Egypte fait exception. Ce depuis la prise de pouvoir par le Hamas, qui a remporté les élections législatives de 2006. Avec l’imposition de ce blocus « Gaza a été enlevée de l’agenda de développement. Elle est devenue un désastre humanitaire. Plus de 80% de la population dépend de l’aide internationale », ajoute la CNUCED. Une population de 2,3 millions d’habitants qui s’entassent sur une fine bande de terre de 365 km2.

Depuis 2008, Israël a mené plusieurs opérations militaires à Gaza, qui ont détruit la plupart des infrastructures. Déjà avant le lancement de celle d’octobre 2023, la moitié de la population était au chômage. 2/3 vivait sous le seuil de pauvreté.

Mais l’opération militaire actuelle a causé des destructions records. Au 28 janvier 2024, le nombre de morts était de 26’422, pour la plupart des femmes et des enfants. 1,9 millions de personnes (85% de la population) avaient été déplacées. Le nombre d’enfants tués pendant les trois premières semaines de bombardements a dépassé le nombre total d’enfants tués dans des conflits armés dans 22 pays depuis 2019.

L’impact de l’opération militaire israélienne en cours équivaut à celui d’un blocus de 17 ans et de toutes les précédentes opérations militaires, affirme la CNUCED.

La communauté internationale doit aider à la reconstruction de Gaza

La reconstruction de Gaza dépend de la fin des opérations militaires, du taux de croissance successif et de l’aide internationale. Ces trois facteurs totalement impossibles à prévoir. La CNUCED estime que la communauté internationale devrait aider le « gouvernement palestinien » (à savoir l’Autorité palestinienne) et revenir au niveau d’aide de 2008.

Idéalement, dans une première phase, il faudrait injecter des fonds publics pour reconstruire les infrastructures de base telles que les écoles et les hôpitaux, ce qui permettrait au secteur privé et aux investisseurs étrangers de prendre la relève. Inutile de dire que plus l’opération militaire se poursuit, plus les dégâts seront importants et donc la reconstructions longue et difficile.

Actuellement, les conditions de vie à Gaza sont les pires depuis l’occupation israélienne de 1967. Elles continueront à se détériorer si la guerre continue. La CNUCED appelle à un cessez-le-feu immédiat et durable pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et le début de la reconstruction et du développement.

Pour la reconstruction de Gaza, il faudra lever entièrement le blocus

« L’avenir de la population de Gaza dépend largement des actions du gouvernement israélien, des donateurs et de la communauté internationale. On ne peut pas revenir simplement à la situation d’octobre 2023. Ce n’est qu’en mettant fin aux opérations militaires et en levant entièrement le blocus de Gaza qu’on peut espérer résoudre de manière durable la crise politique, socio-économique et humanitaire dans laquelle elle est engluée» continue l’agence onusienne. La levée du blocus permettrait à Gaza d’avoir des relations commerciales normales avec la Cisjordanie, Jérusalem Est et le reste du monde.

La CNUCED appelle à la tenue d’une conférence internationale sur la reconstruction de Gaza. Si le montant de l’aide est presque impossible à chiffrer actuellement, il devrait approcher les dizaines de milliards de dollars. L’aide humanitaire d’urgence est importante.Mais soutenir le gouvernement palestinien en lui fournissant de l’aide budgétaire l’est tout autant. Celui-ci doit pouvoir payer les salaires et assurer le fonctionnement des services publics.

Réunifier Gaza avec la Cisjordanie et rouvrir l’aéroport international

La CNUCED appelle à fournir des efforts sérieux pour réunifier Gaza avec la Cisjordanie occupée. Politiquement, administrativement, fiscalement, économiquement, socialement, elle devrait être placée sous un seul gouvernement national. Elle ajoute que Gaza est et devrait continuer à être partie intégrante d’un Etat palestinien dans le cadre d’une solution à deux Etats.

Le gouvernement palestinien devrait pouvoir rouvrir l’aéroport international de Gaza. Il avait été inauguré en 1998, mais bombardé par Israël en 2001 et 2002. Il faudrait aussi construire un port maritime et permettre l’exploitation des gisements de gaz naturel découverts dans les années 1990 en Méditerranée.

Ce rapport a le mérite de mesurer l’ampleur des dégâts et d’essayer de chiffrer les besoins. Malheureusement, parler de reconstruction et de développement à long terme semble totalement irréaliste à ce stade,  vu qu’aucun cessez-le-feu n’est en vue. Sans parler d’une solution politique. En effet le Hamas, qui est au pouvoir à Gaza, n’est pas reconnu par la communauté internationale.

Aujourd’hui, même le financement de l’UNRWA, qui assure l’essentiel de l’aide humanitaire, est menacé par les bailleurs occidentaux. En effet, une dizaine d’employés sont accusés d’avoir participé aux attaques du 7 octobre contre Israél.

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