© Isolda Agazzi
L’Ame des peuples, collection de livres de voyage de l’éditeur Nevicata, fête ses dix ans et publie quatre nouveaux livres. Elle offre une vision panoramique de pays proches et lointains, à mille lieues des voyages « instagrammables »
En plein hiver, alors que la neige recouvre la ville de sa magie blanche, quel bonheur de se laisser chauffer par l’Ame des peuples, une collection de la petite maison d’édition bruxelloise Nevicata – chute de neige en italien – qui fête ses dix ans cette année.
Richard Werly, qui la dirige, nous explique qu’il l’a lancée en 2013, lorsqu’il était correspondant à Bruxelles pour Le Temps. « En tant que journaliste, mais aussi lecteur, j’avais la nostalgie de la collection Petite planète, qui permettait de découvrir des pays, et des éditions Autrement, qui publiaient des livres grand format, poursuit-il. J’ai toujours trouvé dommage qu’il n’y ait pas de livres qui racontent un pays sans être des guides touristiques. Avec internet, on n’a plus vraiment besoin de ces derniers, mais d’ouvrages qui permettent de comprendre l’âme des peuples, où un pays va, d’où il vient. C’est de là que vient l’idée du titre. Je suis allé voir l’éditeur Nevicata, qui à la base était branché sur la littérature de montagne, et cela a bien marché entre nous.»
A l’automne 2013 sont sortis les quatre premiers titres. Depuis, la collection en a publié huit par an, pour atteindre les quatre-vingts aujourd’hui. Les quatre livres sortis cette année portent sur l’Afghanistan, le Monténégro, le Danube et Venise. En 90 pages, ils offrent « un regard panoramique sur la société du pays » sous la plume d’écrivains ou de journalistes qui le connaissent très bien et parlent la langue.
Pays, villes et régions
Après avoir commencé à parler de pays, la collection s’est tournée vers les villes, ensuite les régions, pour passer à des entités géographiques à cheval sur plusieurs pays où régions, comme le Danube. L’Adriatique et la mer Egée sont à venir.
« Plus qu’aucun autre fleuve, le Danube a connu et connaît encore mille vies. C’est le fleuve des invasions et de multiples migrations, creuset d’une incroyable diversité de populations, à l’origine de nationalismes exacerbés et de sanglants affrontements religieux. Mais c’est également le fleuve de communautés ethniques et religieuses qui ont vécu longtemps en bonne intelligence, respectueuses les unes envers les autres, et qui furent à l’origine d’un incomparable bouillonnement culturel, artistique et politique », écrit Maurice Botbol, président du groupe de presse Indigo, dans Danube, le delta de l’Europe.
Vénétie, Monténégro et Afghanistan
« Revenir à Venise, tantôt sur les pas de Giacomo Casanova, tantôt à la recherche de Hugo Pratt. Revoir la Vénétie, la plus séduisante des régions d’Italie », s’enthousiasme Luisa Ballin, journaliste italo-suisse originaire de cette région, dans le livre qui lui est consacré. Et qui contient des interviews de personnalités vénitiennes dont Antonia Sautter, la styliste qui a créé les costumes du Bal du Doge qu’elle organise chaque année pendant le célèbre carnaval.
Jean-Arnaud Dérens, sans doute l’un des meilleurs connaisseurs des Balkans, a consacré un livre au Monténégro qui se lit presque comme une suite du précédent. «Monténégro. Ce sont les marins qui ont ainsi nommé l’énorme massif montagneux qui plonge à pic dans la mer. Monténégro, la Montagne noire, en italien ou plutôt en veneto da mar, le « vénitien de mer », qui fut durant des siècles la véritable lingua franca de l’Adriatique », écrit-il.
Finalement, l’ancien diplomate Régis Koetschet écrit à propos de l’Afghanistan, un pays qui semble fasciner tous ceux qui prennent la peine de le connaître au-delà des clichés: «L’Afghanistan aime garder ses mystères. Il ne se prête pas à une lecture en noir et blanc trop souvent utilisée dans le langage de la guerre froide et celui de l’islamisme des tâlebân. Il ne rentre pas dans les slides des états-majors de l’OTAN. »
En ces temps où trop de voyageurs sont à la recherche de lieux « instagrammables », cela fait du bien de se poser pour comprendre un pays en profondeur et essayer d’en saisir l’âme. D’ailleurs les lecteurs en redemandent : la collection approche les 200’000 ventes.
Une version de cette chronique a été publiée par l’Echo Magazine

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